« UN ANTIDOTE CONTRE LA RÉSIGNATION »
SUIVI PAR LA MISE EN LIGNE GRATUITE DU FILM EN DOUZE LANGUES ET LES PROCHAINES RENCONTRES (À LA FIN DU COMPTE-RENDU)
Sur une planète où la plupart des nouvelles qui nous parviennent sont terribles (guerres, misère, abrutissement, montée du fascisme, catastrophe écologique), il est bon de vivre et de partager des moments chargés d’amour et d’optimisme.
Depuis une douzaine d’année, le convoi solidaire est fait pour ça : non pas seulement pour apporter un soutien politique, matériel et financier dans les laboratoires d’utopie en Grèce, mais aussi pour nous rencontrer, échanger et agir ensemble, par-delà nos différences et les frontières qui poussent à l’isolement et à l’indifférence. Le convoi solidaire est une expérience forte et inoubliable que chacun vit à sa façon. Une modeste contribution au service d’expériences concrètes de luttes et d’entraide qui prouvent que nous sommes capables de faire société autrement.
Mieux encore : le convoi solidaire n’est pas seulement une action en soutien des initiatives solidaires autogérées en Grèce. Comme nous l’ont encore répété certains de nos camarades grecs et migrants, le convoi solidaire fait aussi partie intégrante de ce dispositif, de ce microcosme (du grec « petit monde »), de cette famille choisie par celles et ceux qui ne veulent pas baisser les bras. Dans cette grande famille utopiste et agissante, tout n’est pas parfait, il y a parfois des erreurs, des maladresses, des conflits, des incompréhensions comme partout où les humains coexistent, mais il y aussi autre chose : cette profonde envie d’aller plus loin vers l’horizon, de ne se pas se contenter de la boue et des détritus dans lesquels nous pataugeons, comme l’égoïsme, la société de consommation, la compétition capitaliste, les rapports de domination.
En Grèce comme en France et ailleurs, des invisibles s’attèlent à cet objectif : changer localement et concrètement une partie de la société sans attendre le grand soir, la révolution sociale ou l’effondrement du système capitaliste. Ces utopistes agissants sont innombrables et sont partout, bien plus répandus et actifs qu’on ne l’imagine. Ils sont sous les radars des sondages en tous genres. Ils ne répondent pas aux questionnaires, ne rentrent pas dans les cases, sont rétifs aux étiquettes et seule une partie d’entre eux votent dans des circonstances particulières. Ils préfèrent agir que faire des grands discours, même s’ils discutent entre eux d’aspects théoriques autant que de questions pratiques.
Bien sûr, il s’agit de théories tournées vers l’action, à l’image du contenu passionnant de leurs bibliothèques sociales et de la programmation de leurs projections de films. Car pour ces utopistes indéfectibles, le principal, c’est de commencer tout de suite, sans attendre, à vivre autrement, à relationner de façon très organisée mais sans hiérarchie, à prendre nos vies en mains.
Une des participantes du convoi confiait, juste avant de reprendre la route vers la France : « pour moi, c’est un antidote contre la résignation ». Cette phrase nous a émus. Ce témoignage nous a touchés. Sans doute parce que c’est ce que nous ressentons aussi. Et parce que c’est également le but, au plus haut niveau, que d’irradier nos cœurs et nos cerveaux fatigués, essoufflés par les échecs, exposés trop souvent à de mauvaises nouvelles et le sentiment de ne pouvoir rien y changer à un monde qui s’autodétruit.
Ce petit compte-rendu photographique a donc pour but de vous transmettre un peu de cette lumière, de cette joie, de cette force agissante, à vous toutes et tous qui avez aidé à préparer ce convoi sans partir avec nous. Vous toutes et tous qui avez soutenu cette action, parfois pour la première fois ou bien comme les années précédentes, avec fidélité, conscients de l’importance cruciale de ces laboratoires d’utopies concrètes et de leur précarité. Vous qui êtes malgré tout du voyage, bien que restés à l’autre bout de l’Europe : certes invisibles sur les photos, mais bien là à travers l’immense chaine humaine qui a longuement préparé le convoi.
Ce petit compte-rendu évoque essentiellement le voyage d’avril 2025, avec 8 fourgons partis de Gironde, Hautes-Pyrénées, Alpes-Maritimes, Gard, Creuse, Aube, Isère et Bouches-du Rhône. Mais il faut savoir qu’en février, nous avions déjà préparé 3 autres fourgons, en lien avec un collectif libertaire, puis 4 autres plus tard. En tout, 15 fourgons sont concernés par nos actions du printemps, dont certaines sont plus visibles que d’autres. En effet, cette présentation étant publique et partageable sur les réseaux dit sociaux, tout le monde ne souhaite pas forcément apparaître publiquement. Nous ne pouvons pas tout montrer. Mais l’essentiel est de propager cette envie d’agir, de nous rencontrer par-delà les frontières et de ne pas baisser les bras.
Bonne lecture et n’hésitez pas à partager autour de vous.
Comme avant chaque départ, nous sommes réunis dans une ville du sud-est de la France. Cette fois, nous sommes à Martigues. Une ville que plusieurs parmi nous connaissent bien. La commune nous a gracieusement prêté une de ses salles polyvalentes pour trier la collecte, préparer les derniers colis et charger les fourgons en les spécialisant en fonction des lieux et collectifs à livrer.
Tout cela ne se prépare pas au hasard, il faut tenir compte des besoins précis de chaque collectif. On réfléchit. Des listes particulières ont préalablement été rédigées avec certains lieux. Et on téléphone en Grèce si nécessaire.
Comme à chaque fois, on vous présente notre best of des dons les plus drôles (ou les plus relous, à vous de voir). Cette fois, il s’agit du livre « Comment gagner au loto » et du « jeu des patriotes. »
En fait, on se demande toujours si certains le font exprès ou pas, si c’est une blague glissée dans les colis ou si c’est un vrai don arrivé de nulle part. En tout cas, on passe de bons moments ;-)
Parfois, des lieux ont aussi besoin de gros matériel, par exemple d’une machine à laver ou d’un four. Bien sûr, tous les électroménagers d’occasion que nous emmenons sont vérifiés et testés avant d’être embarqués.
Une nouvelle est tombée récemment : la Grèce sera encore en grève générale le 9 avril, jour initialement prévu pour notre arrivée à Athènes. Ce jour-là, tout sera bloqué. Surtout le matin. Donc nous avons changé un peu nos plans. Sur les conseils de nos amis grecs, nous allons rouler jusqu’à Athènes dès le 8 avril au soir, quelle que soit l’heure d’arrivée. Nous serons déjà sur place, dans la capitale, pour aller à la manif le lendemain matin, avant de commencer les premières livraisons en fin de journée.
Sur la longue route jusqu’au port d’Ancona, de l’autre côté de l’Italie, rien ne se passe jamais comme prévu. Cette fois, ça tombe sur Maud et Yannis ! Leur vieux fourgon leur joue des tours et, surtout, un pneu ne cesse de se dégonfler, malgré une réparation hâtive sur le chemin en Italie. Ce que n’a pas vu le garagiste italien, c’est que l’intérieur de la jante est un peu fendu également. Heureusement, dans notre port d’arrivée en Grèce, un mécano grec va trouver la cause du problème et souder la jante… Ouf !
Durant le trajet, on travaille aussi sur d’autres choses et on se prépare un peu pour l’arrivée. Les anciens qui ont l’expérience du convoi répondent à des questions et donnent des conseils. Maud, Patrick et Jean-Claude racontent de anecdotes des convois précédents. Yannis un peu moins, car il est trop occupé avec son pneu à regonfler sans cesse sur la route et, surtout, il est en train de rédiger une lettre ouverte à Jordan Bardella suite à la tentative du président du RN de transformer l’histoire antique d’Athènes pour mieux la récupérer politiquement. Du coup, il se remet à écrire à chaque occasion, notamment quand Maud prend le volant. À l’arrivée au port d’Ancona, son texte est publié et déjà beaucoup partagé. Nos camarades grecs aussi sont satisfaits qu’on réponde à la tentative de récupération de l’extrême-droite française.
http://blogyy.net/2025/04/07/lettre-ouverte-de-yannis-youlountas-a-jordan-bardella/
Plusieurs des nouveaux ont remarqué un clin d’œil sur la route : les panneaux qui nous invitent à tourner vers la vallée du fleuve Rubicon avant d’arriver au bord de la mer Adriatique. On pense évidemment au groupe anarchiste grec Rouvikonas qui s’est choisi ce nom pour un parallèle historique avec la Rome antique : le Rubicon était le fleuve à ne pas franchir, au risque d’une succession d’événements, tout comme le pouvoir actuel est également allé beaucoup trop loin et mérite une riposte plus intense et déterminé.
Le matin du 9 avril, arrivés à Athènes dans la nuit, nous rejoignons la manif au point de rendez-vous : sous la statue du révolutionnaire grec Kolokotronis, figure de l’indépendance de la Grèce dans les années 1820
Au milieu des nombreux A cerclés, se trouve une banderole avec un P dans une étoile à cinq branche : c’est celle du groupe Rouvikonas dont le R s’écrit avec un P en alphabet grec.
C’est le moment des retrouvailles pour les anciens du convoi, Maud et, bien sûr, Yannis. Ici avec Marios Lolos, le photo-reporter indépendant qui a créé avec lui l’affiche de L’Amour et la Révolution (photo de gauche).
La manif est jalonnée de CRS de chaque côtés. Nos camarades ont presque tous des drapeaux fixés sur des manches de pioches. On sent la situation un peu tendue. Maud donne quelques conseils aux nouveaux (photos), alors que la foule approche du parlement.
Les drapeaux noirs et rouges font face à celui qui flotte sur le parlement. La police craint une tentative d’occupation surprise de ce lieu hautement symbolique. Mais finalement, la manif se termine dans le calme, en apparence, exceptés quelques feux de poubelles aux alentours.
On apprendra plus tard dans la soirée que des cars de CRS ont été pris d’assaut juste à côté d’Exarcheia, notamment dans la rue Charilaou Trikoupi, comme c’est souvent le cas parait-il. Plusieurs banques et distributeurs de billets ont également été endommagés par la foule en colère, un peu après la manif.
Première livraison en fin de journée. Rendez-vous dans le nouveau local du réseau Ecole buissionnière-Pédagogie Freinet : des enseignants militants et solidaires qui proposent une pédagogie coopérative très apprécié par le mouvement social et qui font également beaucoup de choses à destinations des élèves précaires, grecs et migrants.
Nous apportons pas mal de choses, notamment du matériel scolaire, des livres spécifiques, une machine à café, un frigo et d’autres choses qui étaient sur la liste des besoins de ce nouveau lieu. Sans oublier un peu de nourriture pour les colis alimentaires.
C’est la plus jeune membre du convoi, prénommée Lisa, qui se charge de remettre l’enveloppe de soutien financier à l’assemblée du lieu. Elle est très émue, d’autant plus qu’elle aussi a grandi dans une pédagogie coopérative, en France, et qu’elle en est ravie.
L’accueil du lieu est très chaleureux. Parmi les enseignants, on reconnait Babis, l’instituteur militant présent dans les films Je lutte donc je suis et Nous n’avons pas peur des ruines. On échange ensuite sous forme de table ronde. On discute de plusieurs sujets autour de l’éducation, en France et en Grèce. Les prises de paroles sont traduites. Les sourires sont nombreux. On apprend les uns des autres. On se reverra ensuite durant la semaine.
Le lendemain matin, les grosses livraisons commencent. Notamment celle de la cuisine solidaire gratuite du K*Vox, au centre du quartier d’Exarcheia. Deux de nos fourgons sont prévus pour ici. Il est 11h du matin. Après la livraison, on cuisinera ensemble pour ensuite accueillir les précaires du centre d’Athènes qui viendront chercher la nourriture, à partir de 13h30.
On fait la chaîne, comme souvent. Non seulement c’est efficace, mais en plus la symbolique nous plait. Surtout quand on se mélange, entre membres du convoi et des lieux qui nous accueillent.
Il est difficile d’exprimer à quel point participer à tout cela apporte du sens, de la joie, la sensation d’être utile dans un monde trop souvent absurde, sec et pauvre en amour. Lutter, c’est aimer.
Aux alentours, des personnes comprennent qu’il s’agit du convoi solidaire venu de France (avec parfois des fourgons de Suisse et de Belgique à nos côtés) et reconnaissent certains d’entre nous. On nous dit bravo et merci. Même des riverains qui ne sont pas membres des collectifs !
Les cartons longuement préparés, scotchés, marqués, chargés, transportés, arrivent enfin à destination et certains vont être ouverts dès aujourd’hui pour faire à manger : les stocks étaient au plus bas dans certains domaines. C’est aussi pour ça que notre venue est très attendue dans plusieurs des lieux.
Une telle expérience est évidemment très marquante pour notre plus jeunes participante. Lisa est ravie, motivée, énergique, dans la chaîne puis dans les zones de stockage.
Après l’effort, le réconfort. Le centre social autogéré K*Vox nous offre à boire. On discute avant de se mettre à cuisiner. Plusieurs camarades grecs se relaient auprès de Lisa pour lui montrer les jeux du local : billard, baby-foot ou encore tavli (c’est le nom qu’on donne au jacquet en grec, que certains appellent aussi backgammon).
Le convoi solidaire, ce n’est pas que préparer puis apporter une livraison. C’est aussi aider sur place, participer diversement : cuisiner, bricoler ou même soigner (puisqu’il y a souvent des médecins, infirmiers ou aide-soignants parmi les membres du convoi). Et lutter ensemble. Échanger des expériences, des pratiques, des réflexions.
On ajoute dans la marmite de l’huile d’olive récemment apportée de Crète grâce au soutien du film Nous n’avons pas peur des ruines. Ces derniers mois, de gros volumes ont été livrés à la plupart des grands collectifs qui nourrissent les précaires grecs et migrants. Tout cela, en achetant cette excellente huile d’olive à nos camarades paysans en lutte en Crète. Une action solidaire doublement utile. Bien sûr, comme dans la plupart des lieux, on apporte aussi un soutien financier à l’assemblée de la cuisine solidaire du K*Vox pour compléter ce que nous avons apporté et pour ses besoins futurs.
Dans le sous-sol du K*Vox, nous livrons aussi la section féministe de Rouvikonas. Les militantes mènent des actions solidaires auprès des femmes précaires, notamment avec des lots de protections périodiques. Elles sont très actives sur tous les terrains d’actions. Elles sont vraiment impressionnantes et d’une grande humilité : beaucoup de gentillesse et une persévérance à toutes épreuves, et tout cela, avec le sourire.
Elles préparent une nouvelle série d’actions, cette fois contre les licenciements de femmes enceintes :
http://blogyy.net/2025/04/27/rouvikonas-stop-au-licenciement-des-femmes-enceintes/
Ne pas oublier :
http://blogyy.net/2025/03/17/les-femmes-premieres-victimes-du-capitalisme/
Les repas ont été servis aux précaires et il est temps de rejoindre un autre lieu : Skoros. C’est un lieu d’Exarcheia qui est présenté dans le film Ne vivons plus comme des esclaves et qui n’a pas changé depuis douze ans. Skoros veut dire « la mite », en grec. Parce que ce lieu invite à ne pas laisser nos vêtements se faire manger par les mites dans nos fonds de placards. Skoros est un magasin gratuit dans lequel il n’y a pas que des fringues et des chaussures. Il y a aussi toutes sortes de choses utiles et on peut en prendre gratuitement jusqu’à 5 par personne et par semaine. Nous apportons des colis adaptés à ce que recherche le lieu et un soutien financier pour payer le loyer, car contrairement au K*Vox, Skoros n’est pas un squat. Son loyer n’est pas très élevé (chose rare, pour des raisons particulières), mais il faut tout de même rassembler assez de dons dans un petite boite disponible au fond de Skoros et tout à fait facultative. Le sous-titre de Skoros sur sa vitrine : « critique de la société de consommation ». C’est un lieu où nous faisons parfois aussi des projections, ou plus précisément sur le trottoir abrité par un grand préau, devant l’entrée de Skoros.
Autre passage obligé : la structure autogérée de santé d’Exarcheia (ADYE). Un lieu que nous soutenons depuis le premier jour, il y a douze ans. Un bel exemple de ce que l’autogestion peut proposer dans la gratuité, au niveau de la santé. Sur place, des médecins, des psychologues et des infirmiers se relaient bénévolement et soignent beaucoup de monde au fil des années. Il y a aussi une pharmacie et du matériel paramédical. Encore un lieu où nous sommes accueillis à bras ouverts, tant les liens sont étroits depuis toutes ces années. La grande famille de celles et ceux qui luttent pour la vie, pour la santé et pour une autre façon de s’organiser.
Sur la vitrine de la structure autogérée de santé d’Exarcheia, une affiche apporte son soutien aux palestiniens sous les bombardements. Dans tout le quartier rebelle, les affiches, stickers et tags sont nombreux sur le sujet. Et il n’y a aucun risque de malentendu ou de confusion : Exarcheia est réputé en tant que quartier antifasciste et antiraciste qui lutte depuis longtemps contre toutes les formes de discriminations, y compris contre l’antisémitisme. Nos camarades font très bien la part des choses, en parlent clairement et l’ont souvent prouvé par le passé au risque de leur vie face aux néonazis d’Aube dorée. Nous détestons tous les fascismes et tous les intégrismes.
Nous voulons la paix et la justice pour tous les humains, à commencer par le droit de vivre partout sur la planète.
Le lendemain, la façade du grand squat Notara 26 nous rappelle que d’autres guerres sont à stopper au plus vite, notamment au Congo. Plusieurs migrants résidents du squat en sont originaires. Juste en face du Notara, un grand tag rouge et noir propose une piste de réflexion pour lutter contre les guerres entre les États : « Vive l’Anarchie ! »
La livraison dans cette immeuble nous rappelle la disparition récente d’une des solidaires du Notara 26 : la formidable Despina, emportée par un cancer à l’âge de 40 ans. Nous l’avions vu pour la dernière fois dans le film Nous n’avons pas peur des ruines.
Ce convoi du printemps 2025 lui est dédié.
Ces derniers jours, deux autres proches ont disparu. Régine Flament, une militante solidaire de France qui aidait à préparer les convois et qui a vécu et lutté debout jusqu’au bout :
http://blogyy.net/2025/05/05/regine-flament-vivre-debout-jusquau-bout/
Et Hugo Gomez, une figure des luttes en Andalousie, le défenseur des petites gens qui refusait d’être appelé avocat, présent dans le film Je lutte donc je suis :
http://blogyy.net/2025/05/15/hugo-gomez-le-defenseur-des-petites-gens-qui-refusait-detre-appele-avocat/
Aujourd’hui, nous partons livrer une autre cuisine sociale autogérée : la cuisine El Chef, en clin d’œil au Che Gevara. Dans Exarcheia, il y a une belle diversité et certains des collectifs parviennent à bien se coordonner (mais pas tous malheureusement, comme partout).
Par exemple, la cuisine El Chef organise son programme en fonction de celle du K*Vox et réciproquement, de façon à proposer à manger tous les jours.
Dans le quartier, il arrive souvent que des collectifs nous envoient vers d’autres collectifs pour certaines choses dont ils n’ont pas besoin ou moins que d’autres. Et réciproquement. D’ailleurs, sitôt les fourgons vides ou une partie d’entre eux, nous aidons souvent à déménager du matériel et des denrées d’un endroit à l’autre. C’est ça aussi, le côté multifonctions du convoi.
Ici la référence au Chiapas est partout, ainsi qu’à l’Amérique latine en générale. Alors qu’au K*Vox, on parle plus du Rojava par exemple.
Et toujours, la joie, la rencontre, les sourires, en se mélangeant dans la chaîne…
… jusqu’aux lieux de stockage.
Aujourd’hui ambiance paella minimaliste, mais délicieuse. Et des panneaux d’informations dans plusieurs langues.
Une autre chose réjouissante avec le mouvement social en Grèce, c’est sa jeunesse très présente parmi celles et ceux qui luttent. Cette belle diversité apporte de la force, de l’énergie et, bien sûr, de l’intelligence collective. Nos camarades grecs nous montrent beaucoup de bienveillance et de gentillesse. Ce sont vraiment de belles rencontres, des moments passionnants, notamment quand ils nous racontent un peu l’histoire de leur action, des anecdotes, des détails utiles pour comprendre comment ils ont réussi à surmonter certains obstacles. Heureusement que Yannis est là pour traduire, car très peu de nos camarades grecs parlent français. Par contre, parmi les membres de notre convoi, ceux qui parlent anglais arrivent très bien à communiquer avec la plupart des Grecs et avec certains migrants. Sans oublier l’esperanto que parlent certains camarades grecs, mais assez peu pour l’instant.
Une fois de plus, Lisa s’amuse avec tout le monde et apprend beaucoup de choses. Preuve, une fois de plus, que le convoi solidaire est une expérience intéressante pour les jeunes. À condition d’être bien entouré. Ce qui ne manque pas ici.
En partant, certains prennent en photos les graffitis magnifiques sur le mur extérieur. Par contre, on ne prend pas en photos les gens sans leur demander avant, car certains ne souhaitent pas du apparaitre sur les photos. Non pas pour des raisons personnelles, mais dans le cadre d’un dispositif de prudence, notamment vis-à-vis de la surveillance de l’État ou des fascistes, surtout quand ça finit sur les réseaux dit « sociaux ». Ce n’est pas le cas au sein de la cuisine El Chef, mais c’est beaucoup plus fréquent dans d’autres collectifs dont la méfiance est souvent très visible. Parfois les codes changent aussi. D’où l’importance de faire ces rencontres aux côtés de quelqu’un qui connait bien ces collectifs très différents.
Ce soir, on va dans un autre centre social autogéré de Rouvikonas : Skopeftirio. Il est situé dans un autre quartier d’Athènes nommé Kaisariani. Si la plupart des lieux ont déjà projeté le film Nous n’avons pas peur des ruines (le K*Vox, Notara, le réseau Freinet, les squats de Crète, etc.), ce n’est pas le cas de Skopeftirio qui profite de la présence du réalisateur ce soir. Plusieurs membres du convoi en profitent pour découvrir la nouvelle version du film. Ce soir, nous amenons une surprise : des bières « La Révoltée » (S.M.A.S.H.) qu’on nous a transmises pour en offrir aux compagnons de luttes antifascistes, parmi d’autres formes de soutien apportées.
Une fois de plus, l’accueil est formidable et les échanges passionnants. L’ambiance est très chaleureuse.
En circulant en ville, on remarque le grand nombre d’affiches et de tags de Rouvikonas. Des affiches qui appellent à s’organiser dans chaque quartier pour lutter et ne pas baisser les bras. Il y a maintenant des sections de Rouvikonas un peu partout dans Athènes (par exemple, sur cette photo, il s’agit de la section sud, avec un affichage impressionnant).
Samedi matin arrive. De retour à Exarcheia, au centre d’Athènes. C’est le dernier jour pour certains qui vont commencer à reprendre la route dès demain ou lundi. Certains ont du temps, d’autres pas. Nous ne sommes pas égaux à ce niveau là durant les convois.
Ce matin, nous avons rendez-vous pour une action symbolique dans un lieu emblématique du quartier d’Exarcheia : le parc autogéré Navarino.
Comme on le voit sur cette photo, le parc Navarino devait au départ devenir un parking en 2008, mais le quartier s’est soulevé et s’y est opposé massivement. Depuis, ce lieu est une occupation, une ZAD, au sein d’Exarcheia. C’est un parc autogéré qui propose beaucoup de choses et, avant tout, un poumon vert dans un centre-ville qui en manque cruellement.
L’un d’entre nous a proposé de planter tous ensemble un arbre de la liberté, comme les révolutionnaires du passé. L’idée a été retenue. L’assemblée du Parc Navarino l’a trouvée formidable et nous a proposé de planter un citronnier : c’est un arbre adapté au climat dont les fruits sont comestibles progressivement, sur une longue durée, et qui dont la récolte se partage aisément. Le rendez-vous est organisé avec des enfants de diverses origines, parmi lesquels se trouve évidemment l’enfant du convoi : Lisa. Une symbolique tournée vers l’avenir et universaliste, comme pour les révolutionnaires d’autrefois.
L’assemblée du Parc Navarino a souhaité qu’on cache tous les visages. Pas de souci. On vous laisse imaginer l’émotion et la joie, les rires mais aussi le recueillement, une certaine solennité. Un moment très fort.
Les enfants eux-mêmes ont été émus et ont montré qu’ils avaient bien compris le sens de l’action, au-delà du jeu, du jardinage et de l’animation avec des enfants de diverses origines. Quand on plante un arbre, on pense à un futur qui peut aller au-delà de nous-même, on pense à la vie qui nous dépasse et dont nous ne sommes qu’une création éphémère et, surtout, on pense à la longue marche vers l’utopie qui a commencé avant nous et qui continuera si nous faisons ce qu’il faut pour cela. Chose étonnante : après avoir arrosé l’arbuste, nous avons respecté une minute de silence sans que personne ne l’ai proposé. Cela spontanément, du fait de l’émotion, y compris parmi les enfants.
Ce parc occupé a 16 ans et résiste encore, entouré de nombreux graffitis magnifiques dans les rues alentours. Un parc dans lequel ont lieu des assemblées, des projections de films, des concerts, des animations pour les petits et les grands, et beaucoup d’autres choses encore. Une présentation vidéo du parc est proposée au milieu du le film Nous n’avons pas peur des ruines.
Bien souvent, le dernier jour du convoi au complet est un samedi. Pourquoi ? Pour finir par une ballade au marché d’Exarcheia, prendre quelques fruits pour la longue route du retour et aller boire un dernier verre ensemble dans l’un des cafés historiques du quartier : le café Mouria (au croisement des rues Charilaou Trikoupi et Kalidromiou).
C’est un bistrot où se retrouvent souvent des anciens opposants à la dictature des colonels, dans les années 1967-1974. Des camarades qui ont participé à l’insurrection de l’École polytechnique à l’ouest du quartier d’Exarcheia, du 15 au 17 novembre 1973. Aujourd’hui, Dimitris Papachristos passe nous voir. C’était la voix de la radio pirate de l’insurrection en 1973. Il raconte cette histoire et témoigne de l’expérience de l’extrême-droite au pouvoir dans le film Je lutte donc je suis.
Marietta raconte, pour sa part, l’histoire du parc Navarino dans Nous n’avons pas peur des ruines, et elle est venue, elle aussi, aujourd’hui saluer le groupe, avec son fils Lefteris.
D’autres sont plus discrets, ne veulent pas apparaitre à l’image ou alors seulement avec des lunettes noires, comme ce formidable compagnon dont nous tairons le prénom et qui a participé aux deux histoires : déjà présent dans la lutte en 1973 et dès le début de l’occupation du parc Navarino en 2008. Un digne descendant d’Élisée Reclus, de son humilité et de son refus de parvenir.
Dès lors, le groupe du convoi se sépare dans plusieurs directions différentes. Certains repartent vers la France, d’autres descendent dans le Péloponnèse, d’autres vont revenir donner un coup de main à Athènes et d’autres, encore, partent effectuer des livraisons en Crète.
Parmi les premières étapes en Crète, nous allons livrer le squat Rosa Nera qui est aussi le plus grand de toute la Grèce. On y retrouve Lefteris, l’un de nos camarades paysans crétois. Un oléiculteur et apiculteur en lutte notamment contre la firme française EDF. Lefteris présente ce bras de fer contre EDF dans Je lutte donc je suis (au bout de quinze minutes de film environ). Il nous a aussi transmis de l’huile d’olive et un peu de miel, comme souvent.
Peu après, nous sommes stoppés net dans notre projet d’aller voir un autre squat de Crète, à cause de son évacuation brutale par la police, la veille de notre livraison ! Les occupants du squat d’Héraklion viennent d’être expulsés, comme en 2023. Il y a deux ans, le squat avait finalement été réoccupé (réoccupation présenté vers la fin du film Nous n’avons pas peur des ruines). Nous sommes convaincus qu’il en sera de même, cette année encore. Mais il faut attendre. Et surtout rejoindre la lutte, les manifs, les actions…
http://blogyy.net/2025/04/22/le-grand-squat-dheraklion-vient-detre-repris-par-la-police-mais-pas-pour-longtemps/
+ http://blogyy.net/2025/04/24/la-contre-attaque-commence-en-crete/
+ http://blogyy.net/2025/04/25/nouveaux-rebondissements-en-crete/
Toujours en Crète, alors que nous sommes en train de parler de pollution et de changement climatique avec plusieurs paysans crétois, au centre de l’île, une violente tempête de grêle s’abat sur nous brusquement… comme pour illustrer le propos !
http://blogyy.net/2025/04/24/en-ce-moment-en-crete/
Jour après jour, nous recevons des messages et des photos de soutien pour le squat d’Héraklion depuis l’autre bout de l’Europe, notamment à l’initiative des soutiens du convoi et des premiers membres du convoi rentrés chez eux.
Et enfin, le 26 avril, ça y est ! Le grand squat et centre social autogéré d’Héraklion est repris par le mouvement social !
http://blogyy.net/2025/04/26/le-grand-squat-dheraklion-vient-detre-repris/
Le jour-même, nous allons effectuer la livraison du squat tant attendue, ainsi qu’à d’autres collectifs d’Héraklion.
Le lendemain, au milieu d’une journée de formation et d’échanges sur les outils du cinéma documentaire, nous prévoyons la pause repas précisément à l’heure où Yannis doit entrer en visio-conférence avec l’île de la Réunion après une projection du film Nous n’avons pas peur des ruines à l’autre bout de la planète. Du coup, on parle aussi de la diffusion, des groupes de traductions autogérés qui sont en train de finir les différentes versions qui vont être mise en ligne gratuitement, ainsi que de l’impact solidaire du projet au fil des années (environ 60 à 80% du soutien financier apporté par les convois solidaires). On parle aussi photographies, notamment de la relance d’un projet collectif de sauvegarde de la mémoire des murs d’Athènes, de Chania et d’Héraklion (tags, graffitis, affiches…).
http://blogyy.net/2025/04/27/les-cine-rencontres-en-visio-avec-le-bout-du-monde/
Les jours passent. Les activités se multiplient. On bricole dans des bibliothèques sociales. On va donner des coups de mains à des lieux d’un bout à l’autre de la Crète. On retourne voir d’autres camarades paysans engagés dans des luttes écologistes, notamment des oléiculteurs. Maud reprend ses cours de français gratuits et Yannis ses ateliers philo avec les jeunes précaires et migrants.
La fonction des bibliothèques sociales multilingues autogérées est très importante dans le mouvement social en Grèce, notamment à Athènes et en Crète. Les échanges entre les pays se multiplient. Nous livrons de plus en plus de livres aux collectifs qui en ont besoin, parfois avec l’aide d’amis éditeurs ou diffuseurs (surtout en français, mais aussi en anglais, en arabe et en perse). Les lieux athéniens nous donnent à leur tour des livres, cette fois plutôt en grec, pour d’autres villes sur le continent et en Crète. Dans ce domaine aussi, la solidarité est très forte et les projets poussent comme des champignons.
Le 4 mai, le film est enfin présenté à Rethymnon, une des rares villes crétoises qui ne l’avait pas projeté. Une rencontre à l’invitation du ciné-club de la ville, avec la participation du réseau pédagogie Freinet de l’île et de plusieurs compagnons de lutte descendus des montagnes.
https://kinler.gr/we-are-not-afraid-of-ruins/
Toujours autant de monde, comme à chaque fois, et un accueil enthousiaste. Même en Grèce, les militants d’un bout à l’autre du pays ont besoin de s’informer de ce qui se fait ailleurs.
http://blogyy.net/2025/05/05/chaude-ambiance-hier-soir-a-rethymnon//
L’une des activités des membres du convoi qui se sont rendus jusqu’en Crète est d’affiner le classement des chaussures (en bon état) collectées en France, Suisse et Belgique : par taille, mais aussi en fonction des besoins, dans les montagnes ou dans les villes par exemple.
L’une des raisons pour lesquelles nous avons besoin de chaussures en Crète, c’est qu’il y a beaucoup plus d’arrivées de migrants directement sur l’île que par le passé. Alors que les arrivées ont diminué à la frontière de la Turquie (notamment du fait des grandes violences, tortures et meurtres subis), il y a toujours plus de monde qui tente la longue traversée depuis l’est de la Libye, malgré les 300 kilomètres de haute-mer entre Tobrouk et le sud de la Crète.
Le ministre des Migrations grec, Makis Voridis (ancien cadre de l’extrême-droite), a récemment communiqué les nouveaux chiffres officiels concernant les 4 premiers mois de 2025. Il y aurait une baisse de 30% des arrivées via la Turquie sur Lesbos et Chios. Et parallèlement, il y aurait une forte hausse des arrivées depuis la Libye vers la Crète : une augmentation de 174% par rapport aux 4 premiers mois de l’année passée et de 500% (six fois plus) par rapport à la même période en 2023, selon le ministère.
Précisément : 815 arrivées en 2023, 5161 arrivées en 2024 et probablement 10000 à 15000 cette année, uniquement pour la route migratoire Tobrouk-Crète.
Par conséquent, le gouvernement grec vient d’annoncer une « visite officielle en Libye dans les prochaines semaines, pour négocier un accord bilatéral sur le même modèle que celui entre l’Italie et la Libye signé en 2017 ». Depuis 8 ans, les gardes-côtes libyens sont chargés de stopper les embarcations de migrants en Méditerranée, en échange d’une aide financière italienne. Ces interceptions se font souvent dans une grande violence à l’égard des exilés et des intimidations envers les marins solidaires opérant des sauvetages en mer (surtout des menaces d’emprisonnement ou d’ouvrir le feu). « Mais là où Rome avait négocié avec le gouvernement de Tripoli, Athènes devra s’adresser aux autorités de Tobrouk, les deux gouvernements se disputant le pouvoir en Libye depuis 2022. »
Sur ce long trajet en haute-mer, les drames sont nombreux ces derniers mois. Le 14 décembre, le naufrage d’un petit bateau de pêche (qui aurait du finir à la casse) a causé la mort d’une cinquantaine de personnes (8 corps retrouvés, une quarantaine de disparus). Le 28 février, les 350 migrants qui ont débarqué à l’aube sur une plage de Gavdos (îlot accolé au sud-ouest de la Crète) était complètement épuisés et affamés, après une traversée très périlleuse.
Voilà pourquoi nous avons de plus en plus besoin de nourriture et de chaussures en Crète (une île où aucune structure officielle n’existe pour les accueillir, autre que le mouvement social). Rappelons que la liste complète des besoins actualisée est là :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique38/
Vous pouvez nous apporter des chaussures (plutôt de type basket ou rando), de la nourriture ou d’autres choses de la liste :
– le premier juillet dans les Cévennes et le 3 juillet en Gironde :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique15
– jusqu’au 4 juillet à Martigues (sur rendez-vous au 06 86 20 35 62).
Tout cela partira jusqu’en Crète avec deux fourgons dans les jours suivants. Merci d’avance.
Le gouvernement grec est de plus en plus agressif contre les solidaires qui aident les migrants. Nous l’avons bien remarqué. C’est également le cas pour l’équipage des navires de sauvetage qui sont dans le collimateur du pouvoir et de sa police.
Notre amie Claire, navigatrice expérimentée, nous contacte en urgence un matin : elle est bloquée dans le port d’Héraklion avec son navire de sauvetage, le Solidaire, qui est empêché de reprendre son chemin vers les principales zones d’aide et de surveillance. Si vous étiez venus à la conférence sur « La solidarité sans frontières » de Pia Klemp et Yannis à Martigues, Claire était là avec eux. Et pour cause : Claire a beaucoup participé à l’aventure aux côtés de Pia et bien d’autres, ces dernières années. C’est une amie aussi humble et généreuse que déterminée. Une vraie solidaire et non pas humanitaire, comme nous qui ne faisons pas tout ça par charité, mais avec un sens politique. Nous sommes solidaires parce que nos actions sont politiques : elles n’ont pas pour but de compenser les dysfonctionnements d’une société inégalitaire et injuste, mais de lutter contre cette façon d’organiser la société en proposant autre chose, en donnant à voir la société qu’on désire, dans l’entraide et l’autogestion.
Finalement, au bout de quelques jours, Claire et les autres membres de l’équipage du « Solidaire » peuvent enfin repartir. Ouf !
À Athènes, la lutte contre le projet de station de métro sur la place Exarcheia continue avec force et vigueur. D’autant plus que les nouvelles sont plutôt bonnes. Par exemple, le tunnel qui prévoit de passer sous le quartier a été creusé dans la mauvaise direction sur 160 mètres ! Le pouvoir a lancé une enquête et suspecte un sabotage. Tout le monde en rit encore à Exarcheia !
http://blogyy.net/2025/03/21/athenes-bonnes-nouvelles-dans-la-lutte-contre-la-station-de-metro/
Il ne reste actuellement que deux containers sur le chantier du métro complètement déserté. De plus, un ingénieur vient de révéler la présence de fissures inquiétantes. Le projet d’un arrêt de la ligne 4 sous la place d’Exarcheia est proche d’être définitivement abandonné.
Par contre, les violences policières se multiplient dans le quartier et alentours :
http://blogyy.net/2025/05/18/le-pouvoir-et-ses-valets-enragent-contre-exarcheia/
Le collectif « Oxi metro sti plateia exarchion » est un des réseaux que nous soutenons politiquement et financièrement, avec le convoi et le film. Ce collectif anime la lutte magnifiquement en organisant de nombreux événements. Très souvent, ça se passe contre les palissades des travaux : projections de films, conférences-débats, concerts, etc.
De l’autre côté de la place, le K*Vox a décidé de replanter là où la mairie avait osé arracher les arbres. La résistance à l’arbitraire prend toutes les formes.
22 mai. Nouvelle victoire, cette fois au tribunal : les 25 membres de Rouvikonas qui étaient poursuivis pour l’occupation de l’immeuble d’Hellenic Train durant la grande manif du 28 février (deux millions de manifestants dans toute la Grèce, c’est-à-dire 20% de la population totale) sont acquittés. C’est la fête ! On se retrouve dans la joie ! Les bonnes nouvelles se succèdent, mais ne soyons pas dupes : c’est grâce au nombre, à la masse, à la foule très nombreuse un peu partout, des manifs aux tribunaux, bien plus que d’habitude, et ça nous aide beaucoup. Les gens n’imaginent pas à quel point c’est important de soutenir, ne serait-ce qu’un peu.
http://blogyy.net/2025/05/22/nouvelle-victoire-de-rouvikonas/
Fort de ce succès relayé par tous les médias, Rouvikonas continue de recruter, notamment à Thessalonique, avec une grande conférence publique à la Bourse du travail de la deuxième ville de Grèce, le 31 mai. Le titre : « Rouvikonas, une organisation dans toute la Grèce ». Beaucoup de monde rejoint la dynamique et les nouvelles stratégies de luttes.
Pendant que d’autres rencontres ont lieu, notre ami Giorgos est reconnu innocent, lui aussi, cette fois de l’accusation très grave de terrorisme. Les médias titrent « Fiasco de la police antiterroriste, Giorgos Kalaïzidis est acquitté par le tribunal ». La criminalisation du mouvement social connait un nouveau coup d’arrêt. Dans d’autres procès, les acquittements se succèdent pour le mouvement social.
Au même moment, à Athènes, d’autres membres de Rouvikonas et d’autres organisations participent à un grand rassemblement antifasciste, avec conférence publique puis manifestation dans les rues de la capitale. Plus que jamais, les fascistes n’arrivent pas à réoccuper la rue en Grèce, en particulier à Athènes, Patras, Thessalonique et en Crète où les réseaux antifascistes sont très actifs aussi.
Début juin. Une rallonge financière est transmise au collectif Perseus999, un contre-média qui fait un travail énorme, surtout à Athènes, et qui se présente dans le film L’Amour et la Révolution. D’autres collectifs font également l’objet des soutiens supplémentaires pour résoudre des problèmes et réparer des pannes techniques ou remplacer du matériel informatique.
Dans les collines de l’Attique, autour d’Athènes, la section pompiers de Rouvikonas prépare la nouvelle saison de lutte contre les incendies, en parallèle de forces étatiques complètement insuffisantes en nombre, désorganisées et sous-équipées. Le mouvement social et, en particulier, les pompiers anarchistes sont maintenant connus et reconnus dans toute la Grèce. Le troisième véhicule a enfin pu être acheté et va bientôt rejoindre les deux premiers. C’est le convoi solidaire qui finance entièrement son équipement spécifique contre les incendies, après avoir largement participé à l’achat du véhicule. C’est même la plus grande dépense du convoi cette fois, parmi une grosse trentaine d’actions concrètes, un peu partout et dans de nombreux domaines (toujours des collectifs indépendants de tous les pouvoirs économiques et politiques).
Les premiers feux se multiplient autour d’Athènes et nos camarades sont déjà sur le terrain. Dans la population, de jeunes guetteurs à motos préviennent les pompiers anarchistes des départs de feu. Tout se passe dans l’entraide et l’autogestion.
Nos pompiers font même la une du grand quotidien espagnol El País :
« Les anarchistes contre le feu en Grèce : de pyromanes à pompiers » (sic)
« Plusieurs groupes antiautoritaires forment des brigades de volontaires pour lutter contre les incendies de forêt, l’un des effets les plus visibles du changement climatique dans le pays. »
Grâce aux livraisons du convoi solidaire, de nouvelles cuisines sociales se sont multipliées à plusieurs endroits. Par exemple, la section Athènes-ouest de Rouvikonas propose maintenant des repas à l’espace social libre Bloc15, dans le quartier pauvre de Haïdari (photo), avec pour devise : « personne ne doit rester isolé dans la misère ». Parmi les images illustrant nos liens très forts par-delà les frontières, la grande fresque du K*Vox en hommage à la Commune de Paris, au milieu du centre social autogéré (dans la zone bar qui permet de payer une partie des frais de Justice).
Nous pourrons bientôt parler de tout ça dans les Cévennes… (il y aura Yannis, mais aussi d’autres membres du dernier convoi)
… et en Gironde (idem).
Si vous avez envie d’amener quelque chose pour la collecte (aux projections ou à Martigues), voici la liste actualisée des besoins. Cette collecte partira en Grèce mi-juillet.
Pour finir, nous avons le plaisir de vous annoncer que le film Nous n’avons pas peur des ruines est maintenant à votre disposition sur internet : sur le site du film, sur youtube, etc. N’hésitez pas à le partager autour de vous et à le bloguer.
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique44
Le film est aussi en version française SME (pour sourds et malentendants, donc avec des sous-titres en français même quand les intervenants parlent en français, et des descriptions sonores).
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique45
Le film est également disponible en anglais :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique17
En espagnol :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique19
En allemand :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique35
En catalan :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique47
En italien :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique20
En russe :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique30
En néerlandais :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique50
En portugais :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique49
À suivre… et à faire suivre : merci de partager au-delà des frontières !
Évidemment, il y a aussi une version en esperanto… une langue à part, pour son histoire, sa convergence, sa philosophie !
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique46
Et bien sûr en grec :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique16
D’autres langues se préparent. N’hésitez pas à nous contacter pour participer.
Si vous voulez aider la diffusion du film dans des pays où les collectifs demandeurs n’ont pas les moyens de financer le déplacement du réalisateur (en partie ou entièrement), une caisse a été créée sur gofundme, spécialement pour permettre à des endroits très pauvres d’organiser eux aussi ce genre de rendez-vous, ce qui permet aussi de mobiliser plus de public et de toucher plus de monde dans ces zones où la conscience politique est un enjeu d’autant plus important :
https://www.gofundme.com/f/donnez-les-moyens-au-film-detre-presente-ailleurs-en-europe
Encore merci à toutes et tous de votre soutien, ne serait qu’en faisant circuler l’info.
La lutte continue ! Locale et globale !















































































