ANTIQUITÉ GRECQUE VS EXTRÊME-DROITE
Le saviez-vous ? Quand les organisations d’extrême-droite sacralisent l’Antiquité grecque pour essayer d’effacer l’origine africaine de l’humanité, elles commettent un contresens : le "miracle grec" ne provient pas d’une supposée supériorité de la civilisation européenne.
Tout d’abord, si les citoyens athéniens avaient du temps libre pour s’instruire et créer, c’est parce qu’ils avaient des esclaves. Ils vivaient tranquillement sur le dos de milliers de précaires et d’exploités. Autrement dit, il ne s’agissait pas de "pur génie", mais de domination.
Ensuite, il s’est également passé quelque chose de très important et qui contredit le fond de commerce de l’extrême-droite : les penseurs et savants grecs ont fait la collecte et la synthèse des savoirs de leur époque, dans tout le bassin méditerranéen et jusqu’en orient. Ces figures célèbres de l’Antiquité grecque résidaient ou voyageaient en Asie Mineure et en Égypte.
En résumé, c’est le voyage vers l’autre, la rencontre, la curiosité dans tous les domaines (comme celle de Pythagore en Égypte et à Babylone) et parfois le métissage (comme lors de la fondation de Marseille, il y a 2600 ans, grâce à la rencontre pacifique puis l’union amoureuse de la belle autochtone Gyptis et du voyageur grec Protis, venu de Phocée en Ionie) qui ont permis cette grande avancée et non pas le repli sur soi stérile (on peut lire à ce sujet la Lettre ouverte de Yannis Youlountas à Jordan Bardella en avril 2025).
Comme on le voit sur ces tee-shirts pour touristes au pied de l’Acropole,
voilà à quoi certains réduisent le "miracle grec" dans l’Antiquité,
convaincus de la "supériorité de la civilisation européenne" sur toutes les autres
Un autre regard : la rencontre de Gyptis et Protis à l’aube d’une nouvelle cité, Marseille
Pythagore, parmi d’autres savants, chercheurs et voyageurs inlassables
Les voyages de Pythagore, éternel apprenti
Une carte des voyages de Pythagore, autour de la Méditerranée et jusqu’en Inde
Le miracle grec est donc plutôt celui de la rencontre, des voyages, des échanges.
La Grèce a profondément changé, de génération en génération.
LES PREMIERS CONVOIS SOLIDAIRES... EN BATEAUX !
Le saviez-vous ? Après quatre siècles d’Empire Ottoman, la Révolution grecque de 1821 est en partie inspirée par la Révolution française et des admirateurs des Lumières comme Rigas Velestinlis dit Rigas Féréos. La devise "La liberté ou la mort" est rapidement adoptée.
Durant les six premières années de la Révolution grecque, les nombreux soutiens dans l’Europe occidentale s’organisent sans l’aide des états (qui ne veulent pas intervenir jusqu’en 1827), créent des comités philhellènes ("amis des Grecs") dans des dizaines de villes, organisent des concerts de soutien, affrètent des bateaux chargés de matériel et rejoignent par centaines cette révolution pour des raisons parfois très différentes.
Malheureusement, cette révolution se transforme en guerre civile, sans véritable émancipation sociale, puis en un grand récit national et religieux à travers la fondation d’un nouvel état dirigé par un jeune roi en provenance de Bavière et imposé aux Grecs par les principaux dirigeants européens.
Et encore aujourd’hui, même si ce n’est pas exactement pour les mêmes raisons...
LA FÊTE NATIONALE GRECQUE DU 25 MARS EST FAUSSE !
Le saviez-vous ? À partir de 1838, le jeune roi Othon choisit le 25 mars comme jour de fête commémoratif du début de la Révolution grecque.
Sauf que cette date n’a rien à voir avec le lancement de la Révolution qui a commencé beaucoup plus tôt, en février et mars 1821. En réalité, le choix du 25 mars est religieux, puisque c’est la fête chrétienne de l’Annonciation. Le monarque fait ainsi coïncider fêtes nationale et religieuse pour asseoir son pouvoir et renforcer les liens entre le clergé et l’État.
QUAND ATHÈNES ÉTAIT REDEVENUE UN VILLAGE !
Le saviez-vous ? La population d’Athènes n’était que de 4.000 habitants il y a deux siècles, lors de l’indépendance, contre 150.000 dans l’Antiquité et 4 millions pour la métropole de l’Attique aujourd’hui (soit presque la moitié de la Grèce).
Encore plus impressionnant : la population d’Athènes a quasiment doublé durant la seule année 1921 (de 450.000 à 720.000 habitants), avec l’arrivée des survivants des massacres de Smyrne et du Pont, suite à l’échange de population avec la Turquie.
MUSSOLINI STOPPÉ, HITLER RETARDÉ !
Le saviez-vous ? Durant la deuxième guerre mondiale, la première défaite des armées de l’Axe est celle des troupes de Mussolini en Grèce d’octobre 1940 à mars 1941 (qui reculent jusqu’en Albanie).
Conséquence directe : Hitler doit retarder son invasion de l’Union soviétique pour descendre d’abord dans les Balkans, jusqu’à Athènes, puis en Crète. Selon certains historiens, ce retard d’au moins cinq semaines de l’opération Barbarossa a joué un rôle important dans l’issue du conflit.
1940 : "Bonne chance Duce !" / 1941 : "Bonne chance Führer !"
PAS DE DÉNAZIFICATION EN 1945, MAIS TOUT LE CONTRAIRE !
Le saviez-vous ? Particulièrement nombreuse et poussée par la terrible famine à Athènes durant l’hiver 1941-1942, la Résistance grecque a réussi à libérer elle-même un tiers du territoire de la Grèce continentale, dès 1943, contre les forces d’occupation allemandes, italiennes et bulgares.
Malgré cette prouesse, ce qui va se produire est sans équivalent ailleurs en Europe : à l’issue de la victoire finale et suite aux accords de Yalta en février 1945, les collaborateurs des nazis ne seront pas emprisonnés mais au contraire enrôlés par les troupes royalistes grecques et britanniques pour repartir à la chasse des résistants antifascistes et communistes durant une guerre civile effroyable qui va durer quatre ans.
"MORT AU FASCISME !"
Manifestation du 4 décembre 1944 devant le parlement à Athènes : "Quand le peuple risque de tomber sous la tyrannie, il doit choisir entre accepter les chaînes et reprendre les armes"
C’est au tour des tanks anglais de semer la terreur dans les rues d’Athènes, aux côtés des troupes grecques royalistes, dans une chasse aux résistants antifascistes et communistes devenus à nouveau des renégats.
Quelques mois après la garnison nazie, les tireurs d’élite britanniques ont pris le contrôle de l’Acropole et scrutent les mouvements de foule à Athènes, empêchant toute manifestation de protestation.
JEAN-MARIE LE PEN BLOQUÉ À ATHÈNES EN 1984 !
Le saviez-vous ? En 1984, Jean-Marie Le Pen est venu à Athènes pour visiter son ami Giorgos Papadopoulos en prison, le terrible dictateur de la junte des Colonels qui s’est terminée dix ans auparavant.
Mais cette visite choquante a provoqué une opposition mémorable dans la capitale grecque, au point d’empêcher la rencontre entre les deux fascistes. Jean-Marie Le Pen n’a pu voir que les soutiens de Giorgos Papadopoulos, avant de reprendre l’avion pour la France.
Rappelons que ce régime d’extrême-droite (1967-1974) a procédé à des arrestations massives d’opposants politiques et de militants pour les droits humains, qu’il a supprimé toutes les libertés politiques et qu’il a également mis en place une censure gigantesque : des milliers d’œuvres contemporaines, mais aussi antiques ont été interdites. De nombreux livres et disques ont été mis à l’index et brûlés dans des autodafés. Sans oublier le cinéma et les pièces de théâtre, très surveillés également.
"Foutez dehors les fascistes et racistes européens !" (avec la tête de Jean-Marie Le Pen)
LES TENTATIVES DE "NETTOYAGE" D’EXARCHEIA
NE DATENT PAS D’HIER !
Le saviez-vous ? Les surnoms "la forteresse" et "la zone de non-droit" donnés au quartier d’Exarcheia, à Athènes, faisaient déjà la une des journaux dans les années 80 et plusieurs opérations de police avaient déjà été organisées pour essayer de "nettoyer" et de "reprendre le contrôle" de ce quartier.
Mais à chaque fois, au bout de quelques années, ces opérations ont échoué et le quartier a retrouvé son identité insoumise, anarchiste et révolutionnaire.
"Quand les flics reviennent à Exarcheia, nos libertés à tous sont en danger !"
HISTOIRES PARALLÈLES
Le saviez-vous ? Vous avez sans doute entendu parler de l’assassinat du jeune Alexis Grigoropoulos par un policier dans une rue d’Exarcheia le 6 décembre 2008, point de départ d’émeutes très importantes.
Mais, 23 ans auparavant, un autre anarchiste de 15 ans, Michalis Kaltetsas, avait pareillement été assassiné par balle par un policier dans le même quartier, dans un contexte similaire, provoquant également des émeutes importantes et des occupations dès 1985.
"CES NUITS SONT POUR MICHALIS !"
UN PAYS ENCORE TRÈS CLÉRICAL !
Le saviez-vous ? En Grèce, il a fallu attendre 2001 pour que soit enfin supprimée la mention obligatoire de la religion sur la carte d’identité et dans les registres de l’état civil.
Cependant, aujourd’hui encore, les icônes sont présentes dans tous les lieux publics, par exemple juste au-dessus du président dans les tribunaux.
Dans les écoles publiques, les élèves sont encore convoqués à la prière du matin dans la cour, sous le drapeau, en présence de la direction de l’établissement et des enseignants. Le ministère de l’éducation nationale est aussi celui du culte. Il n’y a pas de séparation entre l’Église et l’État en Grèce.
Et bien d’autres choses encore...
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