L’autre Grèce

Retour en photos sur le convoi solidaire
vers la Grèce du printemps 2026

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Sur une planète où la plupart des nouvelles qui nous parviennent sont terribles (guerres, misère, abrutissement, montée du fascisme, catastrophe écologique), il est bon de vivre et de partager des moments chargés d’amour et d’optimisme.

Depuis une douzaine d’années, le convoi solidaire est fait pour ça : non seulement pour apporter un soutien politique, matériel et financier dans les laboratoires d’utopie en Grèce, mais aussi pour nous rencontrer, échanger et agir ensemble, par-delà nos différences et les frontières qui poussent à l’isolement et à l’indifférence. Le convoi solidaire est une expérience forte et inoubliable que chacun vit à sa façon. Une modeste contribution au service d’expériences concrètes de luttes et d’entraide qui prouvent que nous sommes capables de faire société autrement.

Mieux encore : le convoi solidaire n’est pas seulement une action en soutien des initiatives solidaires autogérées en Grèce. Comme nous l’ont encore répété certains de nos camarades grecs et migrants, le convoi solidaire fait aussi partie intégrante de ce dispositif, de ce microcosme (du grec « petit monde »), de cette famille choisie par celles et ceux qui ne veulent pas baisser les bras. Dans cette grande famille utopiste et agissante, tout n’est pas parfait, il y a parfois des erreurs, des maladresses, des conflits, des incompréhensions comme partout où les humains coexistent, mais il y aussi autre chose : cette profonde envie d’aller plus loin vers l’horizon, de ne se pas se contenter de la boue et des détritus dans lesquels nous pataugeons, comme l’égoïsme, la société de consommation, la compétition capitaliste, les rapports de domination.

« Un autre monde est déjà là, un peu partout, sous les radars »

En Grèce comme en France et ailleurs, des invisibles s’attèlent à cet objectif : changer localement et concrètement une partie de la société sans attendre le grand soir, la révolution sociale ou l’effondrement du système capitaliste. Ces utopistes agissants sont innombrables et sont partout, bien plus répandus et actifs qu’on ne l’imagine. Ils sont sous les radars des sondages en tous genres. Ils ne répondent pas aux questionnaires, ne rentrent pas dans les cases et sont rétifs aux étiquettes. Ils préfèrent agir que faire des grands discours, même s’ils discutent entre eux d’aspects théoriques autant que de questions pratiques.

Bien sûr, il s’agit de théories tournées vers l’action, à l’image du contenu passionnant de leurs bibliothèques sociales et de la programmation de leurs projections de films. Car pour ces utopistes indéfectibles, le principal, c’est de commencer tout de suite, sans attendre, à vivre autrement, à relationner de façon très organisée mais sans hiérarchie, à prendre nos vies en mains. Nous le voyons bien : un autre monde est déjà là, un peu partout, sous les radars.

Ce petit compte-rendu photographique a donc pour but de vous transmettre un peu de cette lumière, de cette joie, de cette force agissante, à vous toutes et tous qui avez aidé à préparer ce convoi sans partir avec nous. Vous toutes et tous qui avez soutenu cette action, parfois pour la première fois ou bien comme les années précédentes, avec fidélité, conscients de l’importance cruciale de ces laboratoires d’utopies concrètes et de leur précarité. Vous qui êtes malgré tout du voyage, bien que restés à l’autre bout de l’Europe : certes invisibles sur les photos, mais bien là à travers l’immense chaîne humaine qui a longuement préparé le convoi.

Bonne lecture et n’hésitez pas à partager autour de vous.

Au départ cette fois, nous n’étions que 7 fourgons : cela ne sert à rien d’être trop nombreux si on n’a pas énormément de choses à transporter. Et puis, certaines choses avaient été acheminées plus tôt par d’autres moyens, et d’autres le seront plus tard. L’équivalent de 15 fourgons au total. Les actions solidaires, ce n’est pas que le convoi principal, c’est beaucoup d’autres choses à longueur d’années, dans bien des domaines (la liste globale des principaux lieux et collectifs aidés est ici, en bas de page).

Et puis les convois dépendent beaucoup des films : quand un nouveau film sur les luttes en Grèce vient de sortir, cela permet d’avoir une collecte bien plus importante. Durant ces périodes plus intenses, Maud et Yannis sont souvent rejoints par d’autres membres du convoi à certaines projections-débats et c’est le fourgon local qui peut charger tout ce qui est rassemblé dans la région. Cela donne également plus de force au convoi au niveau du soutien financier qu’il apporte en Grèce. Un soutien qui provient du film à 70% en moyenne (de 60% à 80% selon les années).

Ces 7 fourgons sont partis, cette fois, de Gironde, Creuse, Tarn, Isère, Lot-et-Garonne, Gard et Bouches-du Rhône. Mais beaucoup d’autres véhicules et personnes nous ont rejoints pour rassembler les choses, les trier puis les charger, avant que, seuls, les 7 fourgons pour la Grèce prennent la route. Certaines choses ont même été transmises de Belgique et de Suisse.

Comme avant chaque départ, nous sommes réunis dans une ville du sud-est de la France. Cette fois, nous sommes à Martigues. Une ville que plusieurs parmi nous connaissent bien. La commune nous a gracieusement prêté une de ses salles polyvalentes pour trier la collecte, préparer les derniers colis et charger les fourgons en les spécialisant en fonction des lieux et collectifs à livrer.

Tout cela ne se prépare pas au hasard, il faut tenir compte des besoins précis de chaque collectif. On réfléchit. Des listes particulières ont préalablement été rédigées avec certains lieux. Et on téléphone en Grèce si nécessaire.

Les fourgons sont spécialisés pour certaines destinations : 1, 2, 3 voire 4 lieux de livraison par fourgon. Mais bien sûr, nous irons ensemble, car notre action est avant tout politique : ce n’est pas un convoi humanitaire, mais solidaire. De mouvement social à mouvement social, par-delà les frontières.

Parfois, des lieux ont aussi besoin de gros matériel, par exemple d’une machine à laver ou d’un four. Bien sûr, tous les électroménagers d’occasion que nous emmenons sont vérifiés et testés avant d’être embarqués.

Malheureusement, un des fourgons ne peut pas partir : Laurence et Bruno ont traversé une rude épreuve, chez eux, juste avant le départ. Ils doivent renoncer pour cette fois, alors qu’ils étaient très heureux de repartir, dix ans après leur premier convoi vers la Grèce. Ils sont quand même venus au tri pour apporter des choses et pour aider à charger.

Mais un autre compagnon de voyage expérimenté nous rejoint dans le convoi pour prendre la relève : Jean-Michel relève le défi et part à nouveau avec nous, comme il y a deux ans. Ouf ! Et Joëlle aussi va partir avec nous, après avoir souvent aidé à préparer. On va pouvoir tout amener avec 7 fourgons (excepté une poignée de choses non urgentes et non périssables qui partiront la prochaine fois).

Le tri, c’est aussi l’occasion de se préparer, de se réunir, de discuter et de manger ensemble. Les plus expérimentés conseillent un peu les autres. Les champions de mécanique aident à préparer les fourgons. Les liens se nouent, se renforcent, y compris avec d’autres personnes qui partiront une autre fois.

Au début du voyage, on passe toujours par l’Italie, en direction du ferry vers la Grèce. Les nouveaux du convoi remarquent souvent un clin d’œil sur la route : des panneaux qui nous invitent à tourner vers la vallée du fleuve Rubicon avant d’arriver au bord de la mer Adriatique. On pense évidemment au groupe anarchiste grec Rouvikonas qui s’est choisi ce nom pour un parallèle historique avec la Rome antique : le Rubicon était le fleuve à ne pas franchir, au risque d’une succession d’événements, tout comme le pouvoir actuel est également allé beaucoup trop loin et mérite une riposte plus intense et déterminé.

Mais cette fois, on ne va pas passer par la plaine du Pô. Maud et Yannis nous ont proposé une étape originale qui fait plaisir à tout le monde : deux jours de pause chez leurs amis Marie-Christine et Mathieu Ferré, la veuve et le fils de Léo Ferré. Une étape en Toscane sous le signe de la poésie, de l’anarchie et du vin, car les Ferré sont aussi viticulteurs (domaine San Donatino).

Mathieu nous accueille avec un tee-shirt de Rouvikonas, groupe anarchiste qu’il apprécie beaucoup. D’ailleurs, sur certaines de ses bouteilles, il signe "Mathieu Ferré, vigneron anarchiste."

L’accueil est très chaleureux. On déguste ensuite quelques vins, tous plus délicieux les uns que les autres. On ne va partir les mains vides. Et puis, on veut faire tourner le vignoble. Par amitié, mais aussi parce que ce vin très symbolique est élevé de façon très intéressante, loin des ravages phytosanitaires et de la course aux volumes.

Après avoir dégusté le nectar du vignoble, on part dans le vieux bureau écouter des chansons rares de Léo, en bonne compagnie. On ne voit pas passer les heures. De temps en temps, on en discute. Mathieu nous raconte des anecdotes, des contextes, des créations étonnantes. Alain Raemackers compare les versions différentes de certaines chansons, d’une année à l’autre, d’une ville à l’autre, selon l’humeur ou le choix volontaire de modifier quelque chose. Passionnant !

Le matin du départ vers le ferry, promis, on est tous à jeun ! Difficile de quitter la Toscane, mais nous sommes maintenant impatients de rejoindre nos compagnons d’utopies en Grèce !

Quand la côte apparaît, la joie est à son comble. On commence à se préparer à reprendre la route, cette fois, jusqu’à Athènes pour commencer, avant d’autres villes...

À Exarcheia, on commence par le K*Vox de Rouvikonas qui fête ses 14 ans d’occupation : un centre social autogéré aux nombreuses activités, dont le bar permet de payer une partie des frais de Justice du groupe Rouvikonas (et parfois de soutenir aussi d’autres causes).

L’accueil est formidable. Une réunion avec le groupe est organisée dans une salle à l’écart. On échange, on discute, on évoque des projets ensemble pour les prochains jours et pour plus tard.

Le convoi solidaire, ce n’est pas que préparer puis apporter une livraison. C’est aussi aider sur place, participer diversement : cuisiner, bricoler, ranger ou même soigner, puisqu’il y a souvent des médecins, infirmiers ou aide-soignants parmi les membres du convoi.

Et lutter ensemble. Échanger des expériences, des pratiques, des réflexions.

Livrer n’est pas tout, loin de là. On fait beaucoup d’autres choses.

Au K*Vox, nous livrons aussi la section féministe de Rouvikonas. Les militantes mènent des actions solidaires auprès des femmes précaires, notamment avec des lots de protections périodiques. Elles sont très actives sur tous les terrains d’actions. Elles sont vraiment impressionnantes et d’une grande humilité : beaucoup de gentillesse et une persévérance à toute épreuve, et tout cela, avec le sourire.

Les filles du convoi font une photo de groupe avec des membres de la section féministe de Rouvikonas. Derrière les étoiles noires, il y a de grands sourires qu’on ne peut malheureusement pas montrer en raison des luttes parfois radicales qu’elles mènent.

On livre aussi la section pompiers qui s’organise dans l’autogestion pour parer aux défaillances de l’État, avec un soutien grandissant de la population. Par exemple, de jeunes guetteurs à motos préviennent les pompiers anarchistes des départs de feu. Tout se passe dans l’entraide et l’autogestion.

On prend note des nouveaux besoins spécifiques de la section qui sont ici (deuxième liste).

Et ensuite, on participe à la cuisine sociale autogérée et gratuite du K*Vox. Ici, la devise est claire : « personne ne doit rester isolé dans la misère ».

Désormais, Rouvikonas multiplie les cuisines sociales, dans chaque quartier d’Athènes et ailleurs en Grèce. C’est impressionnant. Il y a toujours plus de monde aux activités proposées par le groupe et son lieu principal. Le K*Vox est plus que jamais un lieu emblématique, surnommé par certains "le château-fort", au centre d’un quartier qui tient bon malgré les épreuves et les rumeurs de disparition tous les dix ou vingt ans.

Par exemple, la station de métro ne se fera sans doute pas. La plupart des membres de Rouvikonas en sont certains. Et pas seulement parce que tout est à l’arrêt depuis plus d’un an : la place est verte à nouveau, derrière les palissades qui ne tiendront plus très longtemps et qui sont souvent arrachées. Il ne reste que deux containers sur le chantier du métro complètement déserté. Le projet d’un arrêt de la ligne 4 sous la place d’Exarcheia est proche d’être définitivement abandonné.

Plusieurs membres du collectif OXI METRO STIN PLATEIA (contre le métro sur le place) nous rejoignent. Ainsi que des membres d’autres collectifs par la suite. On amène du soutien : financier, politique, logistique... Et puis on échange beaucoup sur nos luttes, ici et ailleurs...

On apporte aussi un soutien au collectif Perseus999, un contre-média qui fait un travail énorme, surtout à Athènes, et qui se présente dans le film L’Amour et la Révolution.

Mimi aussi est venue nous saluer, bien qu’elle soit très occupée en ce moment.

Puis on va livrer la structure autogérée de santé d’Exarcheia (ADYE). Un lieu que nous soutenons depuis le premier jour, il y a quatorze ans. Un bel exemple de ce que l’autogestion peut proposer dans la gratuité, au niveau de la santé.

Sur place, des médecins, des psychologues et des infirmiers se relaient bénévolement et soignent beaucoup de monde au fil des années. Il y a aussi une pharmacie et du matériel paramédical.

Voilà encore un lieu où nous sommes accueillis à bras ouverts, tant les liens sont étroits depuis toutes ces années. Nous sommes la grande famille de celles et ceux qui luttent pour la vie, pour la santé et pour une autre façon de s’organiser.

Des aménagements sont en cours. Un nouveau fauteuil de dentiste va bientôt être ajouté. Pour des soins gratuits bien sûr. Car tout est gratuit ici.

Sur la vitrine de la structure autogérée de santé d’Exarcheia, une affiche apporte son soutien aux palestiniens sous les bombardements. Dans tout le quartier rebelle, les affiches, stickers et tags sont nombreux sur le sujet. Et il n’y a aucun risque de malentendu ou de confusion : Exarcheia est réputé en tant que quartier antifasciste et antiraciste qui lutte depuis longtemps contre toutes les formes de discriminations, y compris contre l’antisémitisme. Nos camarades font très bien la part des choses, en parlent clairement et l’ont souvent prouvé par le passé au risque de leur vie : face aux néonazis d’Aube dorée.

Nous détestons tous les fascismes et tous les intégrismes. Nous voulons la paix et la justice pour tous les humains, à commencer par le droit de vivre partout sur la planète.

En face du K*Vox, à peine un peu plus haut, un autre lieu se développe aussi : un grand espace social libre appelé Altaï. Il est à l’initiative de plusieurs anciens du Nosotros qui se trouvait plus bas dans la rue Themistocle et ce nouveau lieu se déploie sur plusieurs étages, depuis 2023, avec plein d’activités. Ce sont surtout des membres d’AK, le "mouvement antiautoritaire", qui animent ce projet.

C’est Vangelis qui fait visiter le lieu aux membres du convoi et qui répète que "l’histoire d’Exarcheia est loin d’être finie", suite à une question.

Finalement, il nous fait une petite conférence historique imprévue sur le sujet. "Ça fait 50 ans qu’on nous dit qu’Exarcheia c’est bientôt fini, voyez plutôt..." (passionnant, il vous en parlera aussi dans le film qui se prépare, parmi d’autres anciens du quartier, ainsi que plusieurs historiens).

Maud et Yannis passent beaucoup de temps dans la librairie autogérée Lucio, créé par Altaï, à laquelle participe activement Vangelis, mais aussi Nikos Koufopoulos, qui a écrit la célèbre BD sur l’histoire du quartier (dispo en grec et en anglais). Nikos la présentera dans le prochain film : "La passion de la liberté, une histoire populaire de la Grèce", qui inclura un petit bout sur l’histoire d’Exarcheia, bien sûr, parmi d’autres sujets historiques.

On est au courant de tout, mais on doit garder le secret pendant le convoi, pour quelques temps encore. Maud, Yannis et les autres créateurs ne veulent pas que ça s’ébruite pour l’instant. Ils veulent pouvoir travailler tranquillement pendant quelques mois. Cela fait longtemps qu’ils y pensent, qu’ils lisent, qu’ils se documentent... Du coup, on attend ça, nous aussi.

Parmi les passages obligés, évidemment il y a le Notara 26 : le premier squat historique de la "crise des réfugiés" de 2015.

On fait la chaîne ensemble pour livrer, comme souvent. Non seulement c’est efficace, mais en plus la symbolique nous plaît. Surtout quand on se mélange, entre membres du convoi et des lieux qui nous accueillent.

Dans la rue, un match de foot s’improvise. Yannis est un très mauvais gardien : il prend plein de buts ! Ou alors, il fait peut-être exprès.

Un peu plus loin, à 500 mètres de là, on va aussi livrer la cuisine sociale autogérée et gratuite "El Chef" (clin d’œil au Che Gevara), comme à chaque fois. Toujours avec son mur magnifique à l’extérieur.

Dans Exarcheia, il y a une belle diversité et certains des collectifs parviennent à bien se coordonner (mais pas tous malheureusement, comme partout). Par exemple, la cuisine El Chef organise son programme en fonction de celle du K*Vox et réciproquement, de façon à proposer à des repas gratuits tous les jours.

Dans le quartier et aux alentours, il arrive souvent que des collectifs nous envoient vers d’autres collectifs pour certaines choses dont ils n’ont pas besoin ou moins que d’autres. Et réciproquement. D’ailleurs, sitôt les fourgons vides ou une partie d’entre eux, nous aidons souvent à déménager du matériel et des denrées d’un endroit à l’autre. C’est ça aussi, le côté multifonctions du convoi.

Ici la référence au Chiapas est partout, ainsi qu’à l’Amérique latine en générale. Alors qu’au K*Vox, on parle plus du Rojava par exemple. Et toujours, la joie, la rencontre, les sourires, en se mélangeant dans la chaîne, jusqu’aux lieux de stockage.

Ensuite, on participe à préparer le repas, avant d’aider à la distribution.

Il est difficile d’exprimer à quel point participer à tout cela apporte du sens, de la joie, la sensation d’être utile dans un monde trop souvent absurde, sec et pauvre en amour. Lutter, c’est aimer.

Aux alentours, des personnes comprennent qu’il s’agit du convoi solidaire venu de France (avec parfois des fourgons de Suisse et de Belgique à nos côtés) et reconnaissent certains d’entre nous. On nous dit bravo et merci. Même des riverains qui ne sont pas membres des collectifs !

Les cartons longuement préparés, scotchés, marqués, chargés, transportés, arrivent enfin à destination et certains vont être ouverts dès aujourd’hui pour faire à manger : les stocks étaient au plus bas dans certains domaines. C’est aussi pour ça que notre venue est très attendue dans plusieurs des lieux.

On va aussi soutenir Prosfygika, qu’on connaissait assez peu, mais qui a plus besoin de soutien en ce moment. À l’arrivée, un grand tag annonce : "NOTRE LANGUE COMMUNE EST LA SOLIDARITÉ". Les 400 résidents précaires sont sous la menace d’une expulsion. La région Attique veut reprendre le contrôle des 8 grands bâtiments construits il y a un siècle pour accueillir des réfugiés grecs de Smyrne, à deux kilomètres au nord-est d’Exarcheia, puis abandonnés depuis longtemps et repris en autogestion par une communauté de militants et de précaires. Suzon nous fait visiter. Dans quelques jours, elle va rejoindre Aristotelis dans sa grève de la faim qui a commencé le 5 février.

Formidable : quelques semaines après notre départ, leur lutte va finir par payer, soutenue par de plus en plus de monde ! Mais cela aura été in extremis ! Aristotelis aura été emmené à l’hôpital en raison de l’aggravation de son état de santé (amaigrissement de 68 à 35 kg et examens très mauvais, malgré les vitamines et les soins). Aristotelis aura frôlé la mort. Suzon aura beaucoup maigri, elle aussi, durant 8 semaines.

http://blogyy.net/2026/05/22/en-grece-comme-ailleurs-letat-ne-veut-pas-laisser-les-autogestionnaires-se-passer-de-lui/

http://blogyy.net/2026/06/24/le-pouvoir-doit-maintenant-decider-sil-veut-laisser-mourir-notre-camarade-aristotelis/

http://blogyy.net/2026/06/24/aristotelis-et-suzon-arretent-leur-greve-de-la-faim/

Au dessus : affiche d’un rassemblement au Syntagma, devant le parlement.

Au dessous : affiche de Rouvikonas en soutien à Prosfygika et ses deux grévistes de la faim.

De son côté, le groupe athénien de Rouvikonas fait face à beaucoup de procès, mais les gagne la plupart du temps (nous précisons qu’il s’agit du groupe athénien car il y a maintenant des groupes Rouvikonas de plus en plus importants dans d’autres villes de Grèce, du Nord au Sud).

"L’État cherche un chef chez les anarchistes." Oui, vous avez bien lu : l’État veut le nom d’un responsable, d’un dirigeant, d’un chef, au sein d’une organisation horizontale ! Notamment, lors du long procès de Giorgos qui se termine le 3 juin par une nouvelle victoire, avec un fort soutien populaire !

http://blogyy.net/2026/06/03/letat-grec-cherche-un-chef-chez-les-anarchistes/

Petit rappel si vous n’êtes pas abonné(e) au blog de Yannis :

Le convoi retourne aussi livrer et soutenir le magasin gratuit Skoros à Exarcheia (présenté dans le film Ne vivons plus comme des esclaves en 2013).

Skoros veut dire « la mite », en grec. Parce que ce lieu invite à ne pas laisser nos vêtements se faire manger par les mites dans nos fonds de placards. Skoros est un magasin gratuit dans lequel il n’y a pas que des fringues et des chaussures. Il y a aussi toutes sortes de choses utiles et on peut en prendre gratuitement jusqu’à 5 par personne et par semaine.

Nous apportons des colis adaptés à ce que recherche le lieu et un soutien financier pour payer le loyer, car contrairement au K*Vox, Skoros n’est pas un squat. Son loyer n’est pas très élevé (chose rare, pour des raisons particulières), mais il faut tout de même rassembler assez de dons dans un petite boite disponible au fond de Skoros et tout à fait facultative. Le sous-titre de Skoros sur sa vitrine : « critique de la société de consommation ». C’est un lieu où nous faisons parfois aussi des projections (ou plus précisément sur le trottoir abrité par un grand préau, devant l’entrée de Skoros).

Cette belle diversité apporte de la force, de l’énergie et, bien sûr, de l’intelligence collective. Nos camarades grecs nous montrent beaucoup de bienveillance et de gentillesse. Ce sont vraiment de belles rencontres, des moments passionnants, notamment quand ils nous racontent un peu l’histoire de leur action, des anecdotes, des détails utiles pour comprendre comment ils ont réussi à surmonter certains obstacles. Heureusement que Yannis est là pour traduire, car très peu de nos camarades grecs parlent français. Par contre, parmi les membres de notre convoi, ceux qui parlent anglais arrivent très bien à communiquer avec la plupart des Grecs et avec certains migrants. Sans oublier l’esperanto que parlent certains camarades grecs, mais assez peu pour l’instant.

On retourne également voir "L’arbre de la Liberté" : le petit citronnier qu’on a planté l’an passé dans le Parc autogéré Navarino, avec Thanasis et d’autres membres de l’assemblée du Parc emblématique d’Exarcheia. Une symbolique tournée vers l’avenir et universaliste comme pour les révolutionnaires d’autrefois : nous ne serons vraiment libres que quand tout le monde le sera.

Quand on plante un arbre, on pense à un futur qui peut aller au-delà de nous-même, on pense à la vie qui nous dépasse et dont nous ne sommes qu’une création éphémère et, surtout, on pense à la longue marche vers l’utopie qui a commencé avant nous et qui continuera si nous faisons ce qu’il faut pour cela.

Ce parc a été créé en 2009 en arrachant le bitume d’un parking. Beaucoup d’habitants du quartier y ont participé. Depuis, ce lieu est une occupation, une ZAD, au sein d’Exarcheia. C’est un parc autogéré qui propose beaucoup de choses et, avant tout, un poumon vert dans un centre-ville qui en manque cruellement.

Depuis 17 ans, il est entouré de nombreux graffitis magnifiques dans les rues alentours. Et de nouvelles affiches presque tous les jours.

Dans le Parc Navarino ont lieu : des assemblées, des projections de films, des concerts, des animations pour les petits et les grands, et beaucoup d’autres choses encore. Une présentation vidéo du parc est proposée au milieu du le film Nous n’avons pas peur des ruines.

On apprend malheureusement qu’un des bistrots historiques du quartier, le café MOURIA (111 ans), risque de disparaître, au croisement des rues Charilaou Trikoupi et Kalidromiou. C’est un bistrot où se retrouvent souvent des anciens opposants à la dictature des colonels, dans les années 1967-1974. Certains ont participé à l’insurrection de l’École polytechnique à l’ouest du quartier d’Exarcheia, en novembre 1973. C’est aussi le point de départ (ou d’arrivée) du marché populaire d’Exarcheia, le samedi, dans la rue Kalidromiou.

La pétition contre sa disparition est à signer ici :

https://www.openpetition.eu/gr/petition/argumente/e-istoria-den-allazei-chrese-111-chronia-mouria#petition-main

Comme à chaque convoi, on retrouve aussi des éducateurs et des enseignants, à commencer par Babis Baltas, instituteur de l’école primaire de la rue Colletis à Exarcheia.

Babis et son réseau pratiquent la pédagogie Freinet et, de plus en plus, la philosophie avec les enfants.

Ça tombe bien : Céline est parmi nous, dans le convoi. Elle anime des ateliers philo en France et c’est d’ailleurs ainsi qu’elle nous a rencontrés : en venant faire un stage de formation durant une journée d’ateliers de philosophie animés par Yannis, dans une des écoles où il intervient depuis vingt ans (avec Mélina qui a repris ses études dans ce domaine et qui a beaucoup aidé à préparer le convoi).

Avec Céline et Yannis, le réseau Freinet/École buissonnière d’Athènes organise trois jours de rencontres, d’animations et de formation dans trois quartiers différents, avec des enseignants, des écoliers et des collégiens. La formation des enseignants aura lieu dans l’hypercentre, à l’endroit habituel, l’animation pour les élèves du primaire aura lieu dans une école d’Exarcheia et l’animation pour les 13-14 ans aura lieu dans un collège lointain, à l’autre bout d’Athènes, près du Pirée.

Du coup, une partie du convoi accompagne Céline et Yannis dans le collège du quartier de Kallithea, juste à côté du Pirée, près du petit port qui s’appelle "Microlimano."

Coïncidence : c’est là que Yannis a été attaqué violemment par des néonazis, il y a 9 ans (là où commence Le Pirée, non loin de l’arrivée du tramway).

« Pour la première fois depuis 9 ans,
Yannis a décidé de parler de son agression et du contexte »

Vu la situation inquiétante en France, le sujet est complètement d’actualité. On discute globalement de l’extrême-droite et de ce qui s’est passé ici en Grèce, notamment durant les convois de l’époque et, en particulier, pour Yannis, un peu avant son agression. Un contexte très tendu en Grèce à l’époque, comme il est en train de le devenir en France. C’est donc utile d’en savoir plus. Pour la première fois depuis 9 ans, Yannis a décidé de parler de son agression et du contexte.

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Yannis nous emmène précisément sur le lieu où ça s’est passé. On refait avec lui son parcours à pied. On observe les murs, les tags qui se superposent encore aujourd’hui. On sent que Yannis avait envie d’y revenir un jour, après tout ce temps. On le sent ému, marqué et préoccupé par l’évolution de la situation en France. Le fait que Babis Baltas ait organisé l’atelier philo du matin dans un collège voisin a suscité l’envie de venir ici, puisque c’est seulement à 5 minutes du collège.

Avec l’aide de Maud, voici pour vous qui lisez ce compte-rendu quelques vues Google de l’endroit précis. La flèche rouge, c’est le parcours de Yannis. Le cercle rouge, c’est le lieu précis de l’attaque. Les flèches bleues sont celles des agresseurs (les 4 qui l’ont attaqué et d’autres qui faisaient le guet autour, au niveau des deux issues possibles). La flèche jaune montre d’où sont arrivés les voyageurs du tramway (qui ont crié en voyant la scène de loin, sorti leurs téléphones et provoqué la fuite des agresseurs, jusqu’à l’arrivée des secours). Heureusement qu’il y avait une station de tramway à 300 mètres et qu’une rame est arrivée au bon moment.

Encore aujourd’hui, on sent qu’il y a encore une guerre de territoire ici, notamment sur les murs : entre croix celtiques et A cerclés ou encore entre réseau nationaliste local et supporters antifas de l’Olympiakos du Pirée (mais d’autres supporters de l’Olympiakos sont au contraire du côté des fascistes).

Suite à l’assassinat de Pavlos Fyssas (alias Killah P) à coups de couteau par un militant d’Aube dorée (le 18 septembre 2013), les principaux dirigeants du parti néonazi ont été emprisonnés dans l’attente d’un procès qui a beaucoup tardé. Pendant la période entre l’assassinat de Pavlos et le procès, c’est-à-dire de 2014 à 2019, les agressions n’ont pas cessé, un peu partout dans Athènes et surtout au Pirée.

Le centre social autogéré FAVELA, situé à Microlimanio, à l’Est du Pirée, et fondé par le mouvement antiautoritaire AK, a subi plusieurs attaques dès sa création en 2017.

Par exemple, le 25 février 2018, un groupe de néonazis armés de barres de fer et de battes de base-ball avait pris d’assaut le centre social à la tombée de la nuit et avait blessé plusieurs personnes, notamment Elefteria Tobatzoglou, l’avocate la famille de Pavlos Fyssas (frappée à coups de barre de fer sur la tête).

Dès le convoi solidaire de décembre 2016 (photo ci-dessus), les tags "LES ÉTRANGERS DEHORS !" et "PAS DE SOLIDARITÉ AVEC LES SALES MIGRANTS !" étaient visibles sur notre chemin. Nous avions également reçu plusieurs messages essayant de nous dissuader.

À chaque convoi solidaire, la menace se précisait de plus en plus, durant cette période. On sentait une atmosphère de plus en plus lourde et une véritable propagande contre chaque convoi orchestrée par certaines chaines de télé (ces médias mainstream ont donc participé à exciter la violence des futurs agresseurs).

Par exemple, les présentateurs du JT racontaient à chaque fois que nous venions uniquement pour aider les migrants et pas du tout les Grecs, alors que nous avons toujours aidé les précaires sans regarder la nationalité ou la couleur de peau (cuisines sociales gratuites, etc.). Ils prétendaient aussi que nous transportions des armes pour les anarchistes athéniens, alors que nous n’avions que des vivres, des couches et du lait infantile. Des mensonges énormes pour essayer de nous discréditer, de nuire à notre réputation dans la population athénienne et, éventuellement, d’exciter la haine contre nous.

Regardez à ce sujet 5 minutes du film L’Amour et la Révolution, de la 63ème à la 68ème minute :

Puis, en novembre 2017, nous avons carrément fait la une de plusieurs journaux fascistes et nationalistes, au moment de notre arrivée à Athènes, avec une propagande encore plus délirante.

Par exemple ci-dessous, le 15 novembre 2017, le jour-même de notre arrivée à Athènes, le journal fasciste Elefteri Ora (nostalgique de la junte des Colonels) titre :

"LE FEU ET LE SANG ARRIVENT EN GRÈCE :
UN CONVOI ANARCHISTE APPORTE LE CHAOS !"

"Un terrible plan se prépare :
10 vans de munitions viennent d’arriver de l’étranger pour les anarchistes.
Ils préparent une nouvelle guerre civile (...)."

Et bien sûr, la photo publiée à la une de ce journal est fausse : ce n’est pas nous !

"Ils préparent Kaboul à Exarcheia !"

Parmi nous, au sein du convoi, Yannis est évidemment un peu plus visé par ces menaces, en tant qu’initiateur du convoi, mais aussi en tant que réalisateur des films qui soutiennent tout ça.

À partir de 2016, le film Je lutte donc je suis est disponible sur internet dans plusieurs langues (grec, français et une douzaine d’autres) et parmi les sujets du film, l’antifascisme est très présent : le meilleur ami de Pavlos Fyssas raconte son histoire jusqu’à son assassinat par les néonazis (ci-dessus), puis des membres de l’insurrection de 1973 racontent la dictature des Colonels (ci-dessous).

Bref, les convois énervent, les films énervent... Les néonazis sont de plus en plus remontés contre nous, au fil des mois, durant les années 2016 à 2019.

À partir de 2017, il y a aussi un autre motif de tension qui s’ajoute aux autres : Yannis est poursuivi en Justice par les fascistes de Defend Europe. Durant l’été 2017, plusieurs dirigeants identitaires européens veulent empêcher les sauvetages en mer de migrants en affrétant le bateau C-Star en grande pompe. C’est un énorme coup de com pour les identitaires européens. Mais tout va très mal se passer pour eux, à la fois au niveau de leur résultat concret et au niveau de leur communication.

À leur retour sur terre, ils poursuivent aussitôt Yannis en diffamation en tant que porte-parole du collectif Defend Mediterranea qui s’est créé pour les contrer, à la fois dans les ports de la Méditerranée (sabotage avec un moyen très astucieux lié au carburant, puis alerte des autorités de Chypre du Sud qui vont finalement relâcher les dirigeants identitaires, blocage du port de Ierapetra en Crète avec manifestation antifasciste puis occupation des bureaux de l’autoritaire portuaire pour les empêcher d’accoster et de réparer leur navire, mobilisation des réseaux antiracistes en Tunisie et puis antifascistes à Malte, jusqu’à l’abandon final du navire C-Star au large de Malte), mais aussi au niveau de l’image qu’ils essayaient de donner, notamment en se moquant d’eux de diverses manières.

Les chefs de Génération identitaire en France, Italie et Allemagne attaquent Yannis pour les avoir traité de nazis à 7 reprises dans les communiqués de Defend Mediterranea (qu’il s’occupait de publier durant l’expédition du C-Star). Le chef de Génération identitaire en Autriche ne participe pas à la plainte collective pour une raison évidente : il est connu pour son parcours politique clairement nazi, ce qui provoquerait un échec certain du procès. Jean-Jacques Rue, un professionnel du cinéma et ami de Yannis (ils écrivent ensemble dans Siné Mensuel à l’époque), est également poursuivi parce qu’il a partagé l’un des communiqués sur les réseaux sociaux en y ajoutant des allusions percutantes au film Inglourious Basterds (une histoire de chasseurs de nazis).

Avec le soutien du navigateur et sauveteur en mer Oscar Camps et de nombreuses associations pour les droits humains, Yannis gagne en première instance à Nice, mais perd en appel à Aix, avant de gagner en cassation sur le droit d’utiliser le mot nazi pour désigner les dirigeants identitaires. Ce sera l’une des pièces juridiques utilisées par la suite dans le dossier pour la dissolution de Génération identitaire, trois ans plus tard, puisque la propagande nazie est interdite en France. Par contre, l’ami Jean-Jacques est condamné à trois mois avec sursis et une forte amende pour son coup de colère considéré comme une incitation à la haine, alors que l’expédition menaçait directement la vie de centaines de migrants.

Les années 2016 à 2019 sont donc de plus en plus tendues. Yannis est dans le collimateur et le centre social Favela aussi.

Le soir du 13 juin 2019, Yannis apporte l’enveloppe financière du convoi à l’assemblée de Favela, au Pirée. C’est le seul endroit où le convoi n’a pas eu le temps de se rendre, en raison d’un programme plus chargé que prévu. Yannis salue tout le monde, avant de repartir avec un sac de 30 tee-shirts du lieu qu’il doit rapporter en France. Les membres de Favela ont tenu à offrir un tee-shirt à Yannis, lequel refuse puis finalement accepte devant l’insistance des compagnons d’utopie. Il le porte encore en sortant dans la rue et en se dirigeant vers la station de tramway, alors que la nuit commence à tomber.

Une question se pose encore aujourd’hui : est-ce que l’attaque était préméditée ? Yannis était-il déjà suivi ? Ou bien était-ce le hasard, du fait que Yannis portait un tee-shirt bien connu des fascistes aux alentours ? Ou bien était-ce le mélange des deux : Yannis a peut-être été facilement reconnu parce qu’il a attiré l’attention des fascistes avec un tee-shirt qu’il aurait mieux valu ne pas porter, surtout à une heure pareille et dans un endroit pareil ?

Vu le nombre d’agresseurs et le mode opératoire, il semble tout de même que ces gens étaient déjà là, dans les parages, et qu’ils attendaient que le soir tombe (la plupart de leurs attaques étant commises à la nuit tombée). Heureusement, une rame de tramway est arrivée au bon moment pour perturber puis interrompre l’attaque.

Dès le lendemain et dans les jours qui ont suivi, les messages de soutien ont été très nombreux en Grèce, dans la presse de gauche et les réseaux anarchistes et antifascistes.

Cliquez sur les photos pour les agrandir.

Maud a retrouvé des souvenirs du soutien international reçu cette semaine là : des communiqués très divers, provenant d’une dizaine de pays et de courants politiques parfois en désaccord entre eux, qui ont fait chaud au cœur à Yannis et qui ont rappelé que nous devons être solidaires face à la menace de l’extrême-droite, par-delà nos différences.

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Voici également la lettre écrite par Yannis, durant sa convalescence :

Quelques mois plus tard, le parti grec d’extrême-droite a été interdit à son tour, suite au procès qui a dévoilé l’organisation criminelle qu’il était en réalité.

Dans la rue, au fil des années, le rapport de force dans la rue a largement été gagné par le mouvement antifasciste, notamment grâce à l’action décisive de Rouvikonas au sein de l’intercollectif Distomo (du nom d’un village rasé par les nazis en 1944), en particulier dans le quartier athénien autrefois fasciste d’Agios Pantelemonas.

Mais cela n’a pas empêché certaines figures de l’extrême-droite grecque de rejoindre le gouvernement Mitsotakis à partir de 2019 : Plevris ou encore Voridis qui était autrefois un cadre du parti du dictateur Papadopoulos (EPEN devenu par la suite Le Front grec).

Aube dorée n’a pas réellement disparu. Ce parti a juste changé de nom. Beaucoup de militants fascistes ont rejoint le parti Les Spartiates, par exemple. Ces organisations dangereuses changent juste de masque et sont prêtes à raconter n’importe quoi pour essayer de séduire les naïfs et prendre le pouvoir.

De même, qui peut croire que dans l’hexagone, il n’y a aucun rapport entre le Front National et le Rassemblement National, par exemple ? Et qui peut imaginer ce qui se passerait vraiment si ce parti arrivait au pouvoir en France ? Que se passerait-il dans la rue, dans les quartiers populaires, dans les lieux de culture, dans la solidarité avec les précaires ?

La longue étape athénienne du convoi touche à son terme. Après un pique-nique au bord de la mer, on échange une dernière fois avant de se séparer.

Plusieurs fourgons vont prendre le chemin du retour vers la France. D’autres vont rejoindre le port du Pirée pour embarquer dans un ferry, avec pour destination la Crète. Au programme : la suite des livraisons et quelques actions.

Arrivés à Héraklion, on rencontre la nouvelle section crétoise de Rouvikonas, au sein de laquelle il y a plusieurs visages connus que nous sommes heureux de retrouver. Le nombre de militants de Rouvikonas à Héraklion est énorme, en quelques mois seulement, et les actions sont déjà nombreuses et très populaires.

L’actualité solidaire en Crète concerne aussi des centaines de migrants qui ont fait une longue traversée de Tobrouk (en Libye, proche de la frontière égyptienne) au sud de la Crète (parfois via Gavdos). On transmet surtout de la nourriture et des chaussures...

On va également soutenir les grands squats de Chania et Héraklion, comme chaque année : les assemblées de Rosa Nera et de Evangelismo ont réussi à résister aux évacuations et à réoccuper les immenses bâtiments (Rosa Nera est le plus grand squat de Grèce). L’évacuation et la réoccupation de ces deux squats l’année dernière sont montrées en images dans la version actualisée du film Nous n’avons pas peur des ruines.

Les livraisons se font en plusieurs étapes et on rend aussi des services. Par exemple, on va chercher des matériaux à Chania pour les amener à Héraklion. C’est ce qu’on fait ailleurs aussi : sitôt que des fourgons sont vides, on aide souvent à déplacer des meubles, de l’électroménager ou du matériel.

Les jours passent. Les activités se multiplient. On bricole dans des bibliothèques sociales. On va donner des coups de mains d’un bout à l’autre de la Crète. Pendant ce temps, Maud reprend ses cours de français gratuits et Yannis ses ateliers philo avec les jeunes précaires et migrants.

La fonction des bibliothèques sociales multilingues autogérées est très importante dans le mouvement social en Grèce, notamment à Athènes et en Crète. Les échanges entre les pays se multiplient. Nous livrons de plus en plus de livres aux collectifs qui en ont besoin, parfois avec l’aide d’amis éditeurs ou diffuseurs (surtout en français, mais aussi en anglais, en arabe et en perse). Les lieux athéniens nous donnent à leur tour des livres, cette fois plutôt en grec, pour d’autres villes sur le continent et en Crète. Dans ce domaine aussi, la solidarité est très forte et les projets poussent comme des champignons.

Les premières livraisons de légumes et d’huile commencent lentement. Un peu modestes cette fois, en raison de la baisse des moyens. Mais ça va, on y arrive quand même, petit à petit.

Ces derniers mois, de gros volumes d’huile d’olive ont été livrés à la plupart des grands collectifs qui nourrissent les précaires grecs et migrants, grâce aux dernières projections du film Nous n’avons pas peur des ruines et à des donateurs. Tout cela, en achetant une excellente huile d’olive (vraiment pressée à froid et sans pesticides) à des camarades paysans en lutte en Crète. Une action solidaire doublement utile. Bien sûr, dans la plupart des lieux, on apporte aussi un soutien financier aux assemblées, notamment dans les cuisines solidaires, pour compléter ce que nous apportons et pour les besoins futurs.

Les nombreux déplacements qui se poursuivent pour le tournage du film (entre la Crète, Athènes et d’autres régions de Grèce) permettent de compléter les distributions et multiplier les échanges avec d’autres collectifs, dont certains qui se sont créés récemment.

Ça fait plaisir de visiter de nouvelles initiatives qui viennent de voir le jour, portant en elles les mêmes utopies en actes !

Les derniers membres du convoi finissent par partir, après avoir partagé un verre d’une bouteille de Mathieu Ferré (qui va en croiser certains sur le chemin du retour).

Maud et Yannis, poursuivent le tournage, rejoints par d’autres membres de l’équipe du film. Car il reste beaucoup à faire, dans bien des domaines.

Des camarades antifascistes demandent si Maud va faire le Marathon de Crète à Chania (42km), avec un de ses tee-shirts engagés, comme d’habitude. Oui bien sûr, car c’est aussi l’occasion de se retrouver, avant et après la course. Un ami porte "Coureur antifasciste" dans le dos. Maud a choisi "N’abandonnez jamais la lutte !" Une jeune militante déploie une petite banderole à son arrivée : "La passion de la liberté est plus forte que toutes les chaînes". Certains posent pour les photos en levant le poing. Toutes les occasions sont bonnes pour inviter à rejoindre la lutte.

Les jours passent. Retour au K*Vox : notre QG à Athènes.

Alors que Maud et Yannis attendent de repartir sur un tournage, puis dans un studio d’enregistrement à l’autre bout d’Athènes pour une chanson du film avec plusieurs musiciens, ils observent l’un des murs de ce lieu emblématique d’Exarcheia sur lequel se trouve une grande fresque en hommage à "LA COMMUNE DE PARIS" de 1871.

Et ils se rappellent cette photo de groupe d’il y a quelques semaines... C’est ça aussi le convoi : des souvenirs qui ne nous quittent plus, une lien très fort par-delà nos différences, le sentiment d’avoir fait de toutes petites choses ensemble, mais des petites choses qui, chacune, en valaient la peine.

Merci à toutes celles et ceux qui ont participé à cette initiative, quelle que soit la façon, ne serait-ce qu’en faisant circuler les infos.

Tenez bon ! Rien n’est terminé ! La lutte continue : locale et globale !

Pour voir la liste des besoins du prochain convoi 2026-2027 et participer, c’est ici.

Pour lire le résumé du nouveau film qui se prépare actuellement, c’est là.

Pour voir où en est le budget (crowfunding) et le soutenir
(besoin urgent de soutien dans la phase la plus importante), c’est ici.

Pour visionner les bandes-annonces de ce nouveau film, c’est là.

Pour visionner des extraits de ce nouveau film, c’est ici.

Pour voir les photos du tournage, c’est là.

Pour découvrir notre petit jeu "Le saviez-vous ?", c’est ici.

Pour en savoir plus sur nos films précédents, c’est là.

Pour en savoir plus sur nos créations solidaires et, en particulier, sur la façon dont nos films,
livres et concerts financent nos initiatives et lieux autogérés en Grèce, c’est ici
.

PREMIÈRES
PROJECTIONS-DÉBATS

EN FRANCE, SUISSE
ET BELGIQUE

en présence du réalisateur
Yannis Youlountas

NOVEMBRE 2026

AVANT-PREMIÈRES
20/11 PORT-DE-B. (13)

suivi de
24/11 NAJAC (12)
25/11 ST-MICHEL-C. (33)
26/11 BRIVE (19)
27/11 SARLAT (24)
28/11 TARBES (65)
29/11 ST-SULPICE (81)

DÉCEMBRE 2026

01/12 AVIGNON (84)
02/12 AUBENAS (07)
03/12 ST-MARTIN-V. (07)
04/12 ROMANS/IS. (26)
05/12 DIE (26)
06/12 LONS (39)
07/12 GENÈVE (SUISSE)
08/12 ST-ÉTIENNE (42)
09/12 ST-MARTIN-H. (69)
10/12 VICHY (03)
12/02 LE VIGAN (30)
13/12 ST-PAUL-LE-J. (07)
14/12 SALERNES (83)
15/12 TOULON (83)
16/12 UZÈS (30)

JANVIER 2027

PREMIÈRE
05/01 MARTIGUES (13)

suivi de
06/01 MONTPELLIER (34)
07/01 PERPIGNAN (66)
09/01 LA RÉOLE (33)
10/01 MARENNES (17)
puis ST-P.D’OLÉRON (17)
11/01 ANGERS (49)
12/01 TOURS (37)
13/01 LE MANS (72)
14/01 REDON (35)
15/01 DINAN (22)
17/01 BREST (29)
18/01 DOUARNENEZ (29)
19/01 RENNES (35)
20/01 NANTES (44)
21/01 ROCHE/YON (85)
22/01 ANGOULÊME (16)
24/01 CARMAUX (81)
puis CAHORS (46)
26/01 TOULOUSE (31)
28/01 MARSEILLE (13)
29/01 LYON (69)
30/01 CÔT. LYONNAIS (69)
31/01 ST-POINT (71)

FÉVRIER 2027

01/02 JOIGNY (89)
02/02 P-STE-MARIE (10)
03/02 PARIS (75)
04/02 PARIS (75)
05/02 ST-OUEN L’A. (95)
06/02 VIERZON (18)
07/02 AIGURANDE (36)
08/02 EYMOUTIERS (87)
09/02 LIMOGES (87)
10/02 PÉRIGUEUX (24)
11/02 BORDEAUX (33)
13/02 CRAPONNE/A (43)
14/02 TARARE (69)
puis POLIGNY (39)
15/02 VESOUL (70)
16/02 ÉPINAL (88)
17/02 MULHOUSE (68)
18/02 STRASBOURG (67)
19/02 VERDUN (55)
20/02 BLENOD-P-À-M. (54)
21/02 LIÈGE (BELG.)
22/02 NAMUR (BELG.)
23/02 BRUXELLES (BELG.)
24/02 GENAPPE (BELG.)
25/02 V. D’ASCQ (59)
26/02 LAON (02)
27/02 ROUEN (76)
28/02 CAEN (14)
puis CHERBOURG (50)

MARS 2027

01/03 MELLE (79)
02/03 BARBÉZIEUX (16)
03/03 TOULOUSE (31)
04/03 FIGEAC (46)
05/03 MILLAU (12)
07/03 BÈGLES (33)
08/03 ROCHEFORT (17)
09/03 TONNEINS (47)
10/03 CRÉON (33)
11/03 BERGERAC (24)
14/03 TOURNEFEUI. (31)
puis AUCH (32)
15/03 AGEN (47)
16/03 BAZAS (33)
17/03 M.-DE-MARSAN (40)
18/03 DAX (40)
19/03 OLORON (64)
20/03 ARRAS-EN-LAV. (65)
21/03 LANNEMEZAN (65)
puis REVEL (31)
23/03 LABASTIDE-R (81)
25/03 NÎMES (30)
27/03 REILLANNE (04)
28/03 CHAMBÉRY (73)
29/03 GRENOBLE (38)
31/03 THORENS-G. (74)

AVRIL 2027

01/04 CRAN-CHEVR. (74)
03/04 LAUSANNE (SUISSE)
04/04 MÂCON (71)
05/04 THIERS (63)
06/04 LE PUY (43)
07/04 VERNOUX (07)
09/04 BEAULIEU (06)
10/04 ROYA (06)
11/04 BRIANÇON (05)
12/04 LA MURE (38)
17/04 LAURIS (84)
23/04 CLERMONT-F. (63)
24/04 CHAVROCHES (03)
25/04 PARISOT (82)
27/04 LAGRAVE (81)
28/04 MIREPOIX (09)

Cette liste des projections-débats est encore incomplète : elle sera mise à jour prochainement.

Si vous souhaitez une étape dans votre ville, ne tardez pas à contacter :
maud@lautregrece.net
ou 06 18 26 84 95
(+33 618 268 495)

Tous les détails ici (lieux, horaires...)

Si vous souhaitez organiser une projection-débat, on en parle ici !

À très bientôt !